Histoires de L’Arche

Joe Clayton: l’art, la foi et la communauté m’ont aidé à guérir

Par Ron Laroche, Intégration communautaire Ontario

Joe Clayton est un artiste réputé qui gère avec son épouse Christina une galerie d’art dans sa maison de South River, non loin du parc Algonquin. La galerie d’art Nature Natives présente leurs œuvres d’art et de photographies originales.

Plus de 1 000 personnes du monde entier sont venues chez eux pour admirer leurs œuvres. « Cela fait seulement quatre ans que nous sommes ici, et regardez tout ce que nous avons créé », lance-t-il avec enthousiasme. Les visiteurs proviennent de différents pays d’Europe, du Mexique, de la Chine et du Nunavut. Il se souvient d’une femme de Dubaï, aux Émirats arabes unis, qui est tombée sur eux par hasard. « Quand ils se présentent à ma porte, je leur dis : ‘Bienvenue. Voici ma maison, vous êtes ici chez vous.’ Ma maison est une galerie où les gens peuvent se réunir et échanger. »

Lorsqu’il n’est pas dans son studio, sa femme et lui adorent camper, pêcher et photographier la faune. Pendant cette période de l’année, ils font souvent de la randonnée en raquettes ou en ski de fond dans le nord de l’Ontario.

Collage et photos de Joe par Christina Kearns

En plus de tout cela, Joe est aussi un survivant. En 1966, lorsqu’il avait douze ans, cet homme maintenant âgé de 66 ans fut envoyé au Centre régional Rideau à Smiths Falls. « Deux semaines après mon arrivée dans l’établissement, j’ai été placé dans la salle 3D avec 25 autres patients. C’étaient des hommes âgés de 18 à 30 ans. » Tout au long de ses cinq années d’internement à Rideau, Joe fut soumis à des agressions physiques et sexuelles répétées. Joe dit avoir ressenti « de la honte, et que personne ne se souciait de la façon dont j’étais traité ».

Il fut placé dans une prison pour la seule raison qu’on le considérait handicapé. « Les portes étaient toujours verrouillées, et je ne pouvais sortir qu’accompagné d’un membre du personnel pour aller marcher, prendre une douche et me rendre à l’école », se souvient-il. Joe n’a pas oublié ce qui se passait s’il ne suivait pas les règles de certains membres du personnel.

« On m’emmenait dans une pièce sombre, et on verrouillait la porte derrière moi. On l’appelait ‘la pièce d’à côté’ et j’étais obligé de m’asseoir nu sur le sol froid. Je me souviens des hommes qui regardaient par la fenêtre et se moquaient de moi. »

Les nombreux cas d’abus commis par le personnel et les résidents allaient se poursuivre pendant cinq ans. Au cours de cette période, il s’est enfui du Centre régional Rideau à deux reprises. Le 16 mai 1971, il quittait définitivement l’établissement pour aller vivre à la ferme Silver Spring, à Ottawa. « La ferme devait m’aider à m’intégrer dans la communauté après ma sortie de l’institution », explique Clayton.

Depuis de nombreuses années, Joe partage ses expériences avec des étudiants aux niveaux collégial et universitaire dans le but de s’assurer que ce qui s’est passé au Centre régional Rideau « n’arrive plus jamais à qui que ce soit ». Il sent également l’obligation de parler de ce qui s’est passé au centre, au nom des survivants qui sont incapables de prendre eux-mêmes la parole ou qui sont décédés. « Je crois que partager avec les autres ces moments difficiles de ma vie est une partie importante du processus de guérison », affirme Clayton. « J’espère que raconter mon histoire permettra de changer la façon dont les gens perçoivent les personnes ayant une déficience intellectuelle. »

Pendant de nombreuses années, Joe a eu du mal à avancer dans la vie, car il sentait que ses années en institution lui bloquaient le chemin. Naturellement, il éprouvait également beaucoup de ressentiment envers le gouvernement provincial, pour n’avoir rien fait pour prévenir les abus commis au Centre régional Rideau.

Il a eu le courage de raconter son histoire à la Commission d’indemnisation des victimes d’actes criminels et, en 2009, il a reçu 35 000 $ d’indemnisation pour les dommages subis. En 2016, il a reçu une somme additionnelle de 42 000 $ dans le cadre du règlement du recours collectif des survivants. « Vous savez, c’est le gouvernement ontarien qui a détruit nos vies. J’étais un enfant normal avant d’être placé en institution. Quand j’en suis sorti, j’étais tourmenté par des cauchemars, et je me bats toujours contre la dépression. »

Sa dépression s’est aggravée en 2013, avec le décès de son épouse Cindy des suites d’un cancer. Malgré l’aide reçue, il avait perdu la volonté de vivre. « Beaucoup de gens m’ont offert leur soutien, mais ils n’arrivaient pas à me rejoindre car mon passé en institution m’empêchait d’accepter leur aide. »

Ces sentiments ont commencé à se dissiper lorsque Joe a fait la connaissance de Christina en 2014. Quand ils se sont rencontrés, les fenêtres de sa maison étaient bloquées. Elle l’a encouragé à laisser entrer la lumière, à réduire l’encombrement dans sa maison et à ne pas trop se concentrer sur les aspects négatifs de la vie. « Le jour où j’ai rencontré Christina, j’ai décidé de ne pas me laisser abattre par mon passé, mais de m’en libérer et de vivre ma vie. »

Christina a traité Joe par l’homéopathie et des médicaments naturels à base de plantes et de minéraux pour soigner le corps. « [Je lui ai présenté] des façons naturelles d’être en vie, plutôt que de rester à la maison », dit-elle. « Le processus s’est déroulé tout naturellement – nous avons commencé à sortir dans la nature, à nous rapprocher de la faune et à faire de l’art. Tout au long de sa vie Joe avait créé des œuvres, mais il n’avait pas pris conscience de sa passion pour la création artistique. »

Joe ressentait qu’il lui était également essentiel d’apprendre à s’aimer et à pardonner aux nombreuses personnes qui l’avaient blessé. Comme pour beaucoup de survivants, la création artistique, la foi et la communauté ont joué un rôle dans le processus de guérison. « La photographie, la création d’œuvres d’art et la méditation sont quelques-uns des outils universels qui ont rendu possible ma guérison. L’art est ma passion et lorsque je crée, j’accède à une autre dimension. Ma foi en Dieu, dans l’univers et ma culture autochtone m’ont énormément aidé dans ma vie. J’ai des amis très proches dans cette communauté. »

Ils ont quitté Sharbot Lake il y a quatre ans, par un pur hasard. Un an plus tôt, ils avaient découvert South River après s’être perdus au cours d’un voyage photographique d’un mois dans le nord de l’Ontario. Ils ont adoré la région, et celle-ci allait bientôt devenir leur nouveau chez-soi. « Nous sommes les bienvenus partout et d’autres couples qui vivent ici sont devenus nos amis, et Joe est reconnu dans toute la communauté. Tout le monde connaît le nom de Joe, davantage que le mien », dit Christina.

Joe dit ne plus avoir peur. « Je me sens le bienvenu et aimé de tout mon entourage. » Joe a finalement découvert un profond sentiment de liberté.


Ron Laroche est directeur des communications, de la commercialisation et du développement des fonds à Intégration communautaire Ontario.

 


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Joe Clayton: l’art, la foi et la communauté m’ont aidé à guérir

Joe Clayton a raconté l’histoire émouvante de sa vie lors d’un récent symposium et dans le cadre de l’événement «Listen to My Story (Écoutez mon histoire)» de L’Arche Toronto. Cet article est reproduit avec la permission d’Intégration communautaire Ontario.

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