Conversations
sur la communauté,
l'inclusion et la
déficience
Antigonish, Août 2019
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« Tu sais que c'est une conférence de L'Arche, quand tout le monde a du plaisir », s'exclame Kirk, de L'Arche Fredericton. Peut-être repense-t-il à ces conférenciers surgis d'un gâteau de deux mètres de haut? Ou bien à la piste de danse bondée pendant le ceilidh (fête folklorique) à la fin de la conférence? Ou encore aux innombrables conversations qui lui ont permis de tisser de nouvelles relations et de renforcer celles qu'il avait déjà?

« Je travaille ici depuis 36 ans. Celle-ci est la plus extraordinaire à laquelle j'aie travaillé. »
- Traiteur

Quoi qu'il en soit, la conférence organisée par L'Arche Atlantique du 5 au 9 août à l'Université St. Francis Xavier à Antigonish n'était pas un événement comme les autres. Un traiteur ayant travaillé à la conférence a même déclaré : « Je travaille ici depuis 36 ans. Parmi toutes les conférences auxquelles j'ai participé, celle-ci est la plus inspirante et la plus extraordinaire à laquelle j'aie travaillé. Je prends ma retraite cette année et cette conférence restera dans mon cœur pour toujours. »

Universitaires
Personnes avec une déficience
Représentants du gouvenement

De nombreux participants ont eu ce genre d'expérience. Et le mot « participants » rend bien compte du rôle actif que chacun a joué pendant ce rassemblement de quatre jours réunissant des membres de L'Arche, des chercheurs universitaires, des fonctionnaires, des artistes, des militants inclusifs et des leaders communautaires de partout au pays. Fidèle à son thème et son titre, Célébrer le don : conversations sur la communauté, l'inclusion et la déficience, la conférence a permis d'animer un éventail de conversations guidées par les 50 années d'engagement de L'Arche Canada à mettre en valeur et à partager les dons de chacun, en particulier des personnes ayant une déficience intellectuelle. Les mots de bienvenue de John Rietschlin, président du C.A. de L'Arche Canada, ont donné le ton aux quatre jours de la conférence : « Nous allons apprendre les uns des autres ! »

Jenn Power, organisatrice de la conférence et responsable de L'Arche Atlantique, a déclaré que cet apprentissage avait commencé avant même le début de l'événement, puisque les efforts en faveur de l'inclusion impliquent inévitablement des essais et erreurs. Avec courage et humilité, elle a reconnu une erreur et invité chacun de nous à une semaine de conversations parfois difficiles, parfois joyeuses, sur des sujets allant de la narration inclusive à l'accessibilité numérique, l'accueil des réfugiés syriens et la défense des droits humains.

Un aspect important de la conférence était l'utilisation de différentes méthodes de communication. Parallèlement aux discours des représentants locaux, L'Arche Antigonish a présenté une danse chorégraphiée proposant une interprétation de l'inclusion. Lorsqu'un membre enthousiaste de l'auditoire s'est levé pour rejoindre les danseurs, le groupe lui a offert un espace afin qu'il puisse s'exprimer à ses côtés. En harmonie avec le thème, sa contribution a été présentée comme un atout, et non pas un fardeau.

Jenn Power, organisatrice de la conférence

La Dre Pamela Cushing, chercheuse sur la déficience et conférencière principale, a commenté la faÇon dont la conférence était parvenue à « mettre en oeuvre l'inclusion en même temps qu'elle en parle ». Certaines conversations se sont déroulées sans qu'un seul mot ne soit prononcé. Le battement du tambour dans un cercle de percussions ou le geste de déposer une fleur dans un mandala ont permis aux gens d'apprendre et d'enseigner simultanément sur l'inclusion. Ces espaces étaient chargés de la même énergie que les présentations en plénière, les séances parallèles, les discussions devant public et les tables rondes.

Pamela Cushing a déclaré : « les efforts et la créativité nécessaires pour inclure chaque participant dans la pièce en valent la peine à 100 % ». Les organisateurs ont accompli cela en offrant l'interprétation en langue des signes américaine, l'interprétation visuelle simultanée et des documents accessibles. De plus, les expressions spontanées d'inclusion, les confirmations verbales, les embrassades et les poignées de main au milieu des présentations (ce que la Dre Jutta Treviranus, une conférencière principale, a appelé « des notes de beauté humaine »), constituaient des exemples supplémentaires de la forme que peut prendre un environnement inclusif. Xaverine, de L'Arche Calgary, a été témoin de ce qu'elle a appelé « un moment d'autonomisation » alors qu'un représentant de People First s'est exclamé : « Ça me fait tellement plaisir de faire partie de la table ronde... pour parler et exprimer mes sentiments avec vous ».

« Les efforts et la créativité nécessaires pour inclure chaque participant dans la pièce en valent la peine à 100 %. »
- Dre Cushing

Dans les mots de la participante Cara Jones, «  l'inclusion a une signification différente pour chacun ». Jutta Treviranus, une experte en design inclusif, nous a demandé de réfléchir à la manière dont nous pourrions « créer des environnements et des attitudes inclusifs sans effacer les différences ». Plutôt que de se fier à la signification statistique et aux moyennes, qui valorisent la conformité au détriment de la diversité, Treviranus a démontré comment le fait de porter attention aux marges de la « nébuleuse humaine » profite à tous. Accueillir le « don de la différence » nous permet de concevoir de meilleurs outils et technologies .

Il fallait jusqu'à 4 heures à Cathy Lin pour traduire les conversations en mode graphique
Plusieurs modes de communication ont été utilisés lors de l'événement.

« La diversité est notre plus grand atout. L'inclusion notre plus grand défi. »
- Dre Treviranus

Michael McDonald, le réalisateur de la série documentaire Je suis comme je suis, a beaucoup appris sur la vision internationale de L'Arche, qu'il décrit comme « une vision de l'unité sans conformisme ». Michael a donné au public un regard en coulisse sur Je suis comme je suis. Les films et les histoires ont suscité des éclats de rire mais aussi des larmes, et ont fait réfléchir l'auditoire aux formes que pouvaient prendre la présence ou l'absence d'inclusion à travers le monde. Le dernier jour de la conférence, le discours de clôture de Michael a mis en lumière le fait que les communautés de L'Arche sont des exemples de déviance positive de la norme. « L'Arche s'efforce de prouver aux experts médicaux qu'ils ont tort en ce qui concerne l'espérance de vie des personnes ayant une déficience intellectuelle, de rendre fous les hôpitaux et leurs limitations des heures de visite, de défier les statisticiens qui prétendent que la solitude est notre destin, et de remettre en question le culte de la vitesse en célébrant la valeur intemporelle des moments passés à table. »

Michael Mcdonald a visité 46 communautés de L'Arche à travers 6 continents.

Comme Jenn l'avait prédit, les discussions sur l'inclusion ont été parfois joyeuses, parfois difficiles. La conférence comportait une dimension réparatrice qui abordait certaines injustices vécues par plusieurs participants. Lorsque Pamela Cushing a expliqué comment les personnes ayant une déficience intellectuelle avaient traditionnellement été considérées comme des « idiots », de surcroît « inéducables  », une femme dans l'assistance s'est tournée vers son voisin et lui a dit : « on m'a déjà dit ces mots-là ». Il était clair que les douleurs du passé persistaient encore de nos jours. Steve Estey, ancien directeur pour les droits humains à Disabled Peoples' International, a expliqué que les discriminations passées demeuraient visibles. Malgré la richesse et le caractère progressiste du Canada, les institutions y existent toujours.

« Le Canada est actuellement à sa 2e évaluation par un comité de l'ONU, et nous en sommes encore à discuter de la fermeture de nos institutions. »
- Steve Estey

Citant Anne Frank, la présentatrice Lisa Snider nous a rappelé que nous pouvons « commencer dès maintenant à changer progressivement le monde ». La conférence, qui a rassemblé des personnes tant de l'intérieur que de l'extérieur de L'Arche ainsi que de la communauté locale et des provinces les plus éloignées, fait partie du mouvement de L'Arche pour un monde plus humain. à mon avis, c'est en soi un motif suffisant pour célébrer. Continuons à célébrer ensemble le don de la différence et à relever le défi de l'inclusion.

Liens

Dre Jutta Treviranus

>Biographie

>OCAD University

> Sur la nébuleuse humaine

Dre Pamela Cushing

>Biographie

>Kings College at Western University - Disability Studies

Je suis comme je suis

>Vidéos

Site de l'événement

>L'Arche Atlantique - Celebrate the Gift

>Vidéos de l'événement


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