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Rencontre silencieuse avec «l’homme qui répare les femmes»

Par Manu Allard

Le prix Nobel de la paix 2018, le Dr Denis Mukwege, celui que l’on surnomme « l’homme qui répare les femmes » était de passage à Montréal.

Nous étions plus de 400 personnes à s’être inscrites à la conférence qu’il devait présenter le 8 juin. Et tout autant de personnes attendaient de pouvoir suivre la conférence en ligne sur les médias sociaux.

Une fois sur place, nous avons appris que la conférence avait été annulée.

Pour ma part, ayant l’intention d’écrire un article pour le site web de L’Arche Canada, je m’apprêtais à repartir les mains vides. Heureusement, j’avais été invité à prendre les photos du souper organisé au restaurant du Queen Elizabeth au bénéfice de la fondation des œuvres du Dr Mukwege.

J’ai donc rencontré « silencieusement » cet homme, avant tout en prenant des photos de son visage.

Réussir une bonne photo prise sur le vif d’une personne demande beaucoup d’attention, particulièrement dans le contexte d’une soirée mondaine. Aux aguets en arrière de mes caméras, je m’efforçais de saisir toute la dimension intérieure de cet homme qui s’est engagé dans un combat hors norme, mené avec détermination et persévérance, le plus souvent au péril de sa vie.

Son histoire, nous la connaissons. Rappelons qu’il a échappé une première fois à la mort en 1996 alors que plusieurs malades et infirmiers de son hôpital sont assassinés. Après s’être réfugié à Nairobi, il décide de retourner au Congo où il fonde l’hôpital de Panzi à Bukavu. Profondément marqué par les violences qui ont touché directement des centaines de milliers de femmes et familles, il décide de militer pour la cause de ces femmes et d’agir pour leur venir en aide. Il contribue directement à leur prise en charge en leur apportant une aide médicale, psychique, économique et juridique. En 2012 il est à nouveau victime d’une agression, et retourne quand même œuvrer au Congo après s’être réfugié quelques mois en Belgique.

En 2018, il reçoit le prix Nobel de la paix avec Nadia Murad, pour leurs efforts pour mettre fin à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’arme de guerre. Depuis, il ne cesse de prendre la parole invitant le monde à « briser le silence ». Il souligne : « Ne pas briser le silence, ça veut dire qu’on leur fait porter le fardeau du silence. Lorsqu’on ne dit pas, ça ne veut pas dire qu’on ne souffre pas », en évoquant le vécu de toutes les femmes dont « les corps ont été utilisés comme champs de bataille ».

Si le Dr Mukwege a décidé de faire connaître les atrocités de la violence faite aux femmes, violence systématiquement utilisée à titre d’arme de guerre, il reste avant tout un homme d’action et de profonde empathie.

En tant que gynécologue-obstétricien, qui a tenté pendant des années, jour après jour, de « réparer » les dommages physiologiques et psychologiques résultant des viols et autres agressions, il a été aux premières loges pour constater l’ampleur de cette violence organisée. Il a non seulement vu la profondeur des blessures, mais il a aussi su entendre l’inconcevable détresse en écoutant le témoignage des femmes.

Là où beaucoup d’instances internationales faisaient la sourde oreille, ne sachant comment réagir face à ce drame dépassant tout entendement humain, il a trouvé la force de conviction pour témoigner sur la place publique des souffrances qu’il a accueillies en son propre cœur.

À deux ou trois reprises durant le souper-bénéfice, l’homme s’est levé pour réagir aux allocutions présentées par certains convives. Denis Mukwege parle avec cette force tranquille des personnes profondément engagées dans une mission de vie. Aucune harangue, aucune accusation, rien que le rappel d’une urgence fondamentale, laquelle s’adresse à l’ensemble de notre humanité. Parce qu’il a compris que ce combat n’est pas avant tout local ou confiné à la situation géopolitique du Kivu, en République démocratique du Congo.

Ce combat nous concerne tous et toutes, au premier degré. Et c’est cela que le Dr Mukwege essaye inlassablement de nous rappeler, en soulignant l’utilisation systématique de la violence faite aux femmes un peu partout autour de la planète.

Il en va de notre humanité commune de comprendre le fondement de ce que les femmes victimes de ces violences et Denis Mukwege cherchent à nous dire.

Tout en photographiant l’homme dans la pénombre, j’essayais de retenir la parole déterminante qui éclairerait l’ensemble de son engagement (était-ce par humilité, ou par réserve naturelle, notre récipiendaire du prix Nobel de la paix était assis dans un des coins les plus sombres de la salle). Toujours aussi calmement, Denis Mukwege nous a mis en garde à plusieurs reprises durant la soirée contre l’insensibilisation croissante qui affecte notre conscience collective. Cette perte de sensibilité de cœur nous endurcit sournoisement, nous rend imperméables à la souffrance en banalisant les déséquilibres sociaux qui conduisent à la violence.

Tant que nous ne sommes pas personnellement concernés, les informations que nous recevons sont en quelque sorte normalisées. Il s’agit sans doute de l’effet pervers de notre surexposition aux communications médiatiques contemporaines.

Denis Mukwege nous implore avec empathie de rester attentifs, de rester profondément à l’écoute de ce qui est inhérent à notre condition humaine : notre sensibilité et vulnérabilité. Quand l’être humain, par orgueil, s’enivre de ses capacités de pouvoir, il en vient à nier et à écraser, consciemment ou inconsciemment, tout ce qui lui rappelle qu’il est lui-même fragile et sensible. Les femmes et les enfants, naturellement plus sensibles, en sont les premières victimes.

C’est particulièrement évident dans les contextes de conflits armés, dans lesquels les abus de pouvoir que confèrent les armes se traduisent sous forme d’abus envers les populations les plus vulnérables.

Et c’est là que le discours de Denis Mukwege rejoint parfaitement celui de Jean Vanier. Le culte de la performance, de la force, du contrôle et du pouvoir nous éloigne de nous-mêmes et finit par nous déshumaniser en nous exposant à toutes sortes de formes d’abus, nous divisant les uns contre les autres. Alors que l’écoute de ce qui est plus vulnérable nous humanise et rassemble nos communautés.

Pour finir sur une note encourageante, le Dr Mukwege ne cesse de souligner la force de résilience des femmes ainsi que leur capacité à engendrer de réels et profonds changements sociaux. D’ailleurs les propos les plus engagés et constructifs ont été ce soir-là émis par des femmes.

 


Prendre notre place dans le mouvement pour l’inclusion

C’est un moment important pour le mouvement en faveur de l’accessibilité et de l’inclusion au Canada et dans le monde, et L’Arche Canada travaille à y prendre sa place.

Jean Vanier: une icône, non une idole

Jean était mal à l’aise (d’être appelé un saint) si un saint était un modèle de perfection inaccessible, seul sur un piédestal; mais si cela signifiait être membre de la communauté chrétienne, alors il se réjouissait de faire partie de la communauté des saints, vivants et morts.

Rencontre silencieuse avec «l’homme qui répare les femmes»

Denis Mukwege nous implore avec empathie de rester attentifs, de rester profondément à l’écoute de ce qui est inhérent à notre condition humaine: notre sensibilité et vulnérabilité.

Compagnons de route – Partie deux

La route de la transformation a ses moments d’avancées, mais il y a beaucoup de virages et de retournements tout au long du chemin. C’est la raison pour laquelle nous devons nous nourrir nous-mêmes ainsi que les amitiés que nous partageons.

Compagnons de route : Première partie

John et Greg racontent comment leur amitié a pris racine et s'est développée, grâce à un soutien mutuel, depuis plus de trente ans.

«Creative Connections»

Creative Connections est un lieu de création d’art avec des personnes ayant une déficience intellectuelle. Creative Connections favorise l’appartenance, la diversité et l’inclusion tout en déployant l’impact de L’Arche dans la ville de Saint John, au Nouveau Brunswick.

Poursuivre le voyage dans l’unité et l’espoir

Avec des gens de partout au monde, la famille de L’Arche a pleuré la mort et célébré la vie de notre fondateur, Jean Vanier. Nous sommes appelés à rester sur la voie qu’il a tracée.

Zoom Média de L’Arche Joliette

Cette équipe de créateurs, designers et techniciens offre des services complets de son, d’image et de vidéo pour faire briller leurs collaborateurs!

Le travail important de l’Institut Vanier de la famille est un appel à L’Arche

De nos jours, les relations de L’Arche avec les familles sont en évolution, avec un nombre croissant de personnes ayant une déficience intellectuelle qui reçoivent notre soutien tout en vivant avec leur famille, et l’accueil de ces personnes ainsi que de leur famille, dans notre vie communautaire.

Le projet Sage and Time

Faire de l’art communautaire libère la créativité et crée des ponts entre les aînés et la communauté de Sudbury.

L’inclusion commence avec soi-même

Une conférence sur l’inclusion organisée par L’Arche Agapè a été l’occasion d’approfondir la réflexion et de reconnaître que «le changement se fera en brisant les barrières et en sensibilisant les gens».

Les oiseaux me font penser à la liberté

Une pièce inspirée de l’histoire de personnes institutionnalisées parce qu’elles ont une déficience intellectuelle, de leurs familles et de leurs amis.

Un voyage jusqu’au plus grand des cadeaux

Lors d’une soirée de gala, L’Arche Daybreak a célébré les 50 ans de la communauté bien-aimée et de la découverte du sacré dans les choses ordinaires de la vie de tous les jours – avec de la magie ainsi qu’un voyage dans le temps.

Passer de présence à citoyenneté à communauté

Afin de promouvoir une inclusion significative, nous devons bâtir des communautés qui accueillent les dons et contributions de chacun de leurs membres.

Offrir une place à chaque personne

En célébrant le 50e anniversaire de L’Arche au Canada, nous partageons les expériences et les réflexions de nos membres sur la création de l’appartenance, la diversité et l’inclusion au Canada.

Construire un modèle de logement inclusif à Elmira, en Ontario

Au cours des dix dernières années, L’Arche a noué des liens avec la Société de soutien au développement d’Elmira (Elmira Developmental Support Corporation – EDSC) afin d’apprendre comment celle-ci procède pour offrir un «logement abordable avec service de soutien» aux personnes ayant une déficience intellectuelle et d’échanger sur notre vision et notre expérience.

Utiliser l’art et la découverte de notre potentiel créateur pour bâtir la communauté

Le centre de créativité « Hearts and Hands » de L’Arche Antigonish soutient l’expression artistique, l’appartenance et l’inclusion en Nouvelle-Écosse.

Construire des logements favorisant l’inclusion

Les modèles de logements innovants favorisant le choix, l’autonomie et l’inclusion sont en train de modifier le paysage des services de soutien aux personnes en situation d’handicap au Canada et sont pour L’Arche l’occasion d’avoir un plus grand impact.

Ce que signifient pour moi l’appartenance, la diversité et l’inclusion

L’Arche Canada lance une réflexion en ligne pour «Célébrer le don» de l’appartenance, de la diversité et de l’inclusion en écoutant ce que disent les personnes ayant ce vécu et celles qui partagent leur vie.

Un modèle novateur de vie en commun à Comox Valley

Des options de logement novatrices qui favorisent la liberté de choix, l’autonomie et l’inclusion transforment l’offre des mesures de soutien pour les personnes ayant un handicap au Canada. Les suites Vanier de L’Arche Comox Valley constituent un nouveau modèle de vie en commun qui renouvelle la vision de L’Arche.

Nous vous présentons… Ross !

Nous sommes heureux de vous présenter Ross Moncrieff, la deuxième de deux personnes ayant une déficience intellectuelle sélectionnées pour une séance avec un photographe professionnel.

Mesurer l’impact dans le mouvement pour l’inclusion

Les délégués de L’Arche reviennent sur leur expérience et les enseignements tirés du Forum fédéral de politiques d’inclusion, qui a eu lieu le 3 décembre sous le thème «What Gets Measured Gets Done» (Ce qui peut être mesuré peut être accompli).

«La peinture est le chant du cœur»

Ces tableaux incarnent le désir inné de l’être humain de laisser son empreinte, une trace physique de son identité fragile, en utilisant la force du geste créatif.

Nous vous présentons… Tiana!

Notre ami Gil nous a invités à réfléchir à l’importance d’être «devant la caméra», et nous a ainsi inspiré à inviter d’autres à vivre cette expérience. Nous sommes ravis de vous présenter Tiana!

Les arts communautaires créent un monde où chacun est valorisé et inclus

Le mouvement des arts communautaires et des organismes tels que les Ruches d’Art bâtissent des communautés plus fortes et une société plus humaine. L’Arche célèbre les dons uniques des artistes et les espaces de création communautaire où ils s’épanouissent.

Des dons à célébrer

En octobre 2019, nous fêterons le 50e anniversaire de L’Arche Daybreak et de L’Arche au Canada. Au cours des 12 prochains mois, nous prendrons le temps de partager, avec créativité, nos histoires. L’Arche Canada mettra en lumière comment notre vision et nos valeurs contribuent au monde d’aujourd’hui, en célébrant les dons de l’appartenance, de la diversité et de l’inclusion.

L’Arche Tova Café fait la promotion de l’appartenance et de l’inclusion à Winnipeg

Les entreprises sociales axées sur les services alimentaires et d’hospitalité constituent des moyens dynamiques et novateurs de promouvoir l’appartenance et l’inclusion. Ouvert il y a plus de 6 ans, L’Arche Tova Café est un pionnier non seulement à Winnipeg, mais aussi au sein de L’Arche au Canada.

Raconter des histoires «avec»

La narration à L’Arche met l’emphase sur l’appartenance, la diversité et l’inclusion pour nous aider à «imaginer le monde différemment».

Il est où le bonheur, il est où… ?

Le bonheur est un sujet à la mode. Même s’il y a autant de définitions du bonheur que d’individus, jamais une civilisation n’a élaboré des modèles et des idées aussi précises de ce que devrait être le bonheur.

La vie institutionnelle, un peu de contexte

Raphael Amato offre un aperçu du rôle des institutions au 20e siècle

Écouter et amplifier la voix des personnes marginalisées

Chaque message rend avant tout hommage à l’histoire d’une personne, mettant en valeur et transmettant la richesse et la diversité de ces témoignages du cœur.

La Journée internationale de la famille de L’Arche

Le premier samedi d'octobre est la Journée internationale de la famille à L'Arche. Découvrez le don de L'Arche à travers le monde et célébrez notre solidarité les uns avec les autres.

Tracer la voie pour les 50 prochaines années

Se tournant le regard vers l’avenir – vers une époque où les gens de L’Arche avec ou sans déficience intellectuelle se joindront à d’autres personnes dans une mouvance pour changer la société et la rendre plus inclusive pour tous.

L’Arche London et son espace d’accueil

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Célébrer les 90 ans de Jean Vanier

Jean Vanier a 90 ans. L’Arche au Canada exprime sa sincère gratitude et ses meilleurs vœux à notre fondateur, guide et compagnon de route, notre ami Jean.

Investir dans la justice – pour les survivants des institutions

Patricia Seth, l’une des survivantes dit : « C’était comme vivre en prison, avec la différence que nous ne savions pas quand nous en sortirions. »

L’atelier d’art «Le Pot-en-ciel» de L’Arche Montérégie

Le Pot-en-ciel doit son existence à un des membres de L’Arche Montérégie, qui rêvait d’un espace collectif où lui et les artistes et passionnés d’art de la région pourraient se regrouper et pratiquer leur art dans un esprit de partage et d’enrichissement mutuel. Photographies de Jonathan Boulet-Groulx.

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En cette Journée internationale de la tolérance, peut-on envisager de non seulement « tolérer » la différence, mais encore plus l’accueillir, et même la chérir !

Pas d’inclusion sociale sans une véritable collectivité et des relations d’amitiés

Nous vous partageons quelques extraits des présentations des panélistes récoltés lors de la table ronde sur le « Vivre ensemble », qui s’est tenue cet été au Forum Social mondial à l’initiative de L’Arche Canada.

Rendez-vous social

Retour sur les « Rendez-vous de l’innovation sociale » qui avaient lieu à Montréal le 9 juin dernier.

Un tour d'horizon mensuel des nouvelles de L'Arche au Canada, de nos partenaires et de ce qui se passe dans la société canadienne.