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Les oiseaux me font penser à la liberté

Une pièce inspirée de l’histoire de personnes institutionnalisées parce qu’elles ont une déficience intellectuelle, de leurs familles et de leurs amis.

Par John Guido

Les oiseaux me font penser à la liberté commence, les acteurs entrent en scène. Un acteur dit : « Notre pièce est un voyage qui nous emmène dans des endroits sombres… mais pas pour y rester ». Puis, il invite le public à se joindre à la troupe, dont la moitié des membres a une déficience intellectuelle, dans un exercice simple de concentration. Pour la plupart d’entre nous, c’est du théâtre comme nous n’en avons jamais vu auparavant, une œuvre de créativité, de douceur et de compassion qui invite le public à participer à un cheminement qui nous interpelle à tous les niveaux.

Selon les mots de l’équipe de création, « Les oiseaux me font penser à la liberté s’inspire de l’histoire de personnes institutionnalisées parce qu’elles ont une déficience intellectuelle, de leurs familles et de leurs amis. Des survivants des institutions ont guidé le processus créatif de la troupe. Suivant leur exemple, cette production est une réflexion sur leurs histoires sous forme de chansons, de projections, de poésie et de danse. Notre cheminement passe par des moments de connexion et de séparation. Nous entrons dans les murs de l’institution pour exposer la vérité, contester le système et honorer ceux qui nous ont précédés. Nous écoutons des histoires de force et de sagesse. Nous réfléchissons à la liberté qui se termine par une danse de re-création des liens, un tissage de la différence en un tout coloré, un nid de soutien mutuel et d’interdépendance. »

Cette œuvre extraordinaire a été créée par :

  • Sol Express, de L’Arche Toronto, un programme novateur de création et d’arts de la scène qui met l’accent sur le développement des talents et des compétences d’artistes ayant une déficience intellectuelle, et
  • Victoria Freeman, historienne publique, artiste et auteure multidisciplinaire, éducatrice et auteure de Distant Relations et A World Without Martha.

Ils ont collaboré avec le Jumblies Theatre, une troupe locale au rayonnement national qui « crée de l’art dans des lieux quotidiens et extraordinaires avec, pour et sur les gens et les histoires qui s’y trouvent ». Je suis heureuse de révéler mon parti pris, car j’ai un rôle de soutien dans la supervision des projets de L’Arche Toronto financés par Invest in Justice.

Une brève histoire de cette production

Après le succès de son spectacle Seasons au Fringe Festival de Toronto en 2017, la troupe Sol Express a été invitée à y retourner. La première représentation de Les oiseaux me font penser à la liberté a eu lieu au Fringe Festival de Toronto en 2018, où elle a connu un franc succès et a remporté le prix « Choix des commanditaires ». Un critique en ligne a écrit : « La pièce est jouée avec grâce et beauté, et elle a beaucoup à dire sur la résilience » (Mooney on Theatre). Un critique de Now Magazine a écrit : « Par le biais de la danse, de la musique et du multimédia, le spectacle donne habilement à voir les conséquences multiples que le mouvement d’institutionnalisation a eues dans la vie des personnes ayant une déficience intellectuelle. Toutes les scènes sont puissantes, notamment ce sombre moment de commémoration pour celles qui n’ont pas survécu aux institutions, une entrevue vidéo sur la liberté, et une superbe danse incorporant des tissus. »

La représentation lors du Fringe était une œuvre en développement. Les collaborateurs ont ensuite réfléchi aux commentaires positifs et constructifs des examinateurs et aux résultats d’un sondage auprès de l’auditoire et des interprètes. Dans leur recherche de moyens de développer davantage la pièce, ils ont été encouragés par les commentaires de trois groupes : les survivants, qui étaient reconnaissants d’avoir vu un reflet fidèle de leur expérience, les membres du public, qui ont découvert les institutions pour la première fois, et les artistes ayant une déficience intellectuelle, qui ont souligné l’importance de s’assurer que ces histoires soient racontées.

Le travail de renforcement de la production a été rendu possible grâce au programme Investir dans la justice et à une subvention du fonds Explorer et créer du Conseil des Arts du Canada. Une invitation des organisateurs de l’événement Flying to Freedom a fixé la date de la prochaine représentation du spectacle au 19 mars 2019, dans le cadre de la commémoration du 10e anniversaire de la fermeture des institutions en Ontario.

Pour ceux d’entre nous qui ont vu la pièce lors du Fringe, il est clair que les changements apportés à cette nouvelle version, qu’il s’agisse de modifications mineures ou d’ajouts importants, ont renforcé son impact et sa clarté narrative. En particulier, les récits de personnes issues de communautés autochtones ayant été institutionnalisées ont à la fois ajouté de profondes réflexions sur la guérison, l’amitié et la résilience, et montré des liens avec l’horreur des pensionnats, qui ont tant de parallèles avec les institutions. Le public, composé de survivants, de membres de leur famille, d’amis et d’alliés, a réagi avec enthousiasme. On a entendu un survivant dire : « Comment ont-ils réussi à exprimer cela ? »

Enraciné dans l’écoute respectueuse

Le sujet de Les oiseaux me font penser à la liberté est l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire de l’humanité : le développement d’institutions pour des personnes stigmatisées, pour ce que nous appelons maintenant la déficience intellectuelle. Dans les mots des excuses ordonnées par le tribunal et présentées par la première ministre de l’époque, Kathleen Wynne, et lues dans la pièce : « … ces hommes, femmes et enfants, ainsi que leurs familles, ont subi de graves préjudices et continuent de porter les cicatrices et les conséquences de cette période. Leur humanité a été sapée; ils ont été séparés de leur famille et privés de leur potentiel, de leur confort, de leur sécurité et de leur dignité. » Ce terrible préjudice a été causé par la province, au nom de ce qui était « bon » pour l’enfant, sa famille et sa communauté.

Le titre est tiré des mots d’un membre à long terme de L’Arche Toronto, qui a survécu à 20 ans passés dans une institution. Il a dit : « Les oiseaux me font penser à la liberté. Ils vont où ils veulent sans avoir à y penser. C’est un don en soi, parce que ce n’est pas quelque chose qu’on peut faire du jour au lendemain. Il faut y travailler. C’est là, tout simplement. Comme une lumière. »

Sa réflexion a souligné l’importance du cheminement des survivants vers la guérison et la liberté – même si la route est longue et difficile. Lui et un autre survivant (qui ne souhaite pas être identifié) ont agi en tant que « guides survivants » auprès de l’équipe de création, pour aider à écouter les survivants et à choisir quoi montrer sur scène.

L’écoute des guides de survivants a amené l’équipe à demander conseil à des spécialistes en traumatologie pour s’assurer que les séances de narration ne seraient pas choquantes pour certains. Ils ont pratiqué la compassion et la douceur les uns envers les autres. Ils ont créé des rituels, des exercices d’enracinement et des cercles pour partager leurs pensées et leurs sentiments. Les artistes ayant une déficience intellectuelle ont répondu avec empathie aux histoires. L’un d’eux a dit : « c’est triste ». Et un autre : « cela aurait pu m’arriver ». Ils ont écouté de nombreuses histoires pénibles, mais également des récits sur la façon dont les survivants ont guéri, ont recommencé à faire confiance aux gens, ont découvert leur valeur et fait des choix pour vivre la vie qu’ils voulaient pour eux-mêmes. Ils ont été touchés par la profonde sagesse de l’expérience vécue des survivants dans leur croissance vers la liberté.

La communauté crée du théâtre, et le théâtre crée de la communauté

Le théâtre communautaire est une création par, avec et pour une communauté, dans le but d’aborder des problèmes, de promouvoir l’action et de renforcer la cohésion sociale. Sol Express incarne ces valeurs et ces pratiques en cherchant à explorer comment ses membres, ayant ou non une déficience, abordent différents thèmes par le mouvement, la voix, la musique, les arts visuels et diverses traditions théâtrales. Son travail met en valeur les talents et les capacités des interprètes – et des responsables du programme – et exprime diverses manières de connaître et de voir le monde.

Le théâtre communautaire est par nature hautement collaboratif. Sol Express s’est associé à Victoria, une chercheuse, auteure et interprète. Ils ont collaboré avec le Jumblies Theatre, qui tire ses racines du « ‘jeu communautaire britannique’, une forme qui associe le théâtre à l’échelle épique à une philosophie d’inclusion sociale totale et à une capacité étonnante de changement social ».

Les oiseaux me font penser à la liberté s’enracine dans cette tradition. La façon dont le spectacle est raconté – par le biais de diverses formes et de matériaux créatifs présentés par une distribution diversifiée – témoigne de la force qu’apporte la création d’une communauté dynamique et inclusive. La façon la plus puissante de lutter contre la marginalisation des gens, c’est de les accueillir sur le devant de la scène et de mettre en lumière leurs dons et contributions extraordinaires.

Pour Sol Express, un moment clé du processus de création a été le travail en commun pour écrire le haïku qui clôt la pièce.

En battements forts et cadencés.
Nos cœurs et ailes rassemblés.
Volent avec les autres oiseaux.

Ils écrivent : « ces mots expriment notre désir d’un avenir où nous vivrons ensemble dans un monde célébrant la différence et l’interdépendance, où chaque personne sera valorisée et incluse ».

Ce message s’adresse à chacun de nous. Si vous avez l’occasion de voir Les oiseaux me font penser à la liberté, vous y serez témoin du pire comme du meilleur de la condition humaine. Vous pourrez également voir une incarnation puissante, imparfaite mais pleine d’espoir de cette vision d’un avenir plus humain.

 


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