Vision de l’inclusion et de l’appartenance

L’Arche au Canada, constitué de 30 communautés dans neuf provinces, ainsi que des organisations régionales et national, s’engage à promouvoir la contribution des personnes ayant une déficience intellectuelle et nouer des partenariats avec d’autres organisations pour bâtir une société plus inclusive et diversifiée. Le présent document élabore les orientations présentées dans le mémoire de L’Arche Canada à l’occasion de la « Consultation des Canadiens au sujet d’une loi prévue sur l’accessibilité », 25 février 2017.

Une vision d’un Canada diversifié et inclusif

Dans un monde divisé, le Canada est une lueur d’espoir. Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré : « Notre engagement envers la diversité et l’inclusion… est une approche puissante et ambitieuse pour faire du Canada et du monde entier un endroit meilleur et plus sécuritaire ».

La vision de L’Arche est enracinée dans ces valeurs. Nous rêvons d’un monde où :

  • les personnes ayant une déficience intellectuelle ou d’autres handicaps participent pleinement à la société – vivant, apprenant, travaillant et contribuant à la collectivité à laquelle elles appartiennent;
  • les relations entre les personnes d’horizons, d’expériences et de capacités différentes sont enracinées dans le respect mutuel, la bienveillance et la reconnaissance (réciprocité);
  • la vulnérabilité et l’imperfection sont considérées comme des éléments intrinsèques et fondamentaux à l’être humain et au cheminement vers l’interdépendance;
  • les communautés sont des lieux d’appartenance qui accueillent la contribution de chaque personne et reconnaissent que nous avons besoin de cette contribution de chacun pour s’épanouir;
  • la diversité et l’inclusion sont célébrées comme une source, non sans défis, mais riche et stimulante de créativité et d’innovation, d’empathie et de coopération, de joie et d’unité qui contribuent à un monde meilleur et plus sécuritaire.

Obstacles à l’inclusion

Bien que nous soyons fiers de notre engagement envers l’inclusion et la diversité, la société canadienne a encore beaucoup de chemin à parcourir pour faire de cette vision une réalité pour les personnes ayant une déficience intellectuelle ou d’autres handicaps. C’est un problème non seulement pour ces personnes et leurs familles, mais aussi pour notre pays. Nous ne profitons pas des dons de ces citoyens – dons nécessaires pour répondre à certains de nos plus grands défis sur la façon dont nous vivons ensemble dans le respect de nos différences, avec nos vulnérabilités et nos forces, dans un meilleur rapport entre nous, avec compassion et engagement envers le bien commun.

Les personnes ayant une déficience intellectuelle vivent souvent comme des étrangers parmi nous, ségréguées par des services inadéquats et spécialisés, manquant d’occasions pour établir un réseau personnel d’appartenance et contribuer de leurs dons et capacités. Bon nombre des quelque 750 000 Canadiens ayant une déficience intellectuelle n’ont pas la sécurité et le soutien dont ils ont besoin pour atteindre leur plein potentiel. Trop souvent, les parents vieillissants demeurent les principaux aidants, n’ayant aucune idée de qui sera là pour leurs enfants adultes lorsqu’eux seront partis.

Les solutions du passé, tels les foyers de groupe et les programmes de jour, tout en restant nécessaires au soutien de personnes ayant des besoins plus complexes, sont coûteuses et ne peuvent répondre à la demande croissante pour un soutien centré sur la personne qui accroît ses choix, ses possibilités, son inclusion à la collectivité et son in(ter)dépendance. Ces formules innovantes et plus facilement pérennes sont loin d’être une réalité pour la plupart des gens. Elles s’appuient sur des réseaux sociaux solides et des occasions concrètes ancrées dans le tissu social avec le déploiement de services spécialisés lorsque nécessaire.

Des facteurs complexes contribuent au rythme lent de la transformation des systèmes de service :

  • le nombre de personnes ayant d’importants besoins de soutien augmente de façon alarmante;
  • le secteur des services gouvernementaux aux personnes handicapées est débordé et lent à mettre en œuvre des solutions innovantes;
  • l’accent sur l’indépendance plutôt que sur l’interdépendance laisse beaucoup de gens isolés et plus vulnérables;
  • les gouvernements confrontés à des coûts croissants dans des secteurs plus médiatisés, comme la santé, les soins aux aînés et l’éducation, n’ont que peu de ressources disponibles à investir dans les services d’insertion sociale; 
  • la capacité communautaire à fournir un soutien qui permet l’expression des dons des personnes ayant une déficience intellectuelle, est, au mieux, limitée.

Politique qui soutient la transformation des systèmes

Bien que nous ayons pris plusieurs mesures favorisant l’inclusion au Canada, beaucoup reste à faire. Nous n’y arriverons pas uniquement par des politiques et des programmes. Nous avons besoin d’une transformation continue des cœurs et des esprits des individus et de la société; en même temps, nous avons besoin de politiques et de programmes qui soutiennent cette transformation.

L’Arche Canada appuie une législation fédérale qui aidera le Canada à respecter notre engagement envers les Nations Unies Convention relative aux droits des personnes handicapées (CRDPH) et être la référence pour les provinces, les territoires et les municipalités dans leurs juridictions respectives. Une telle législation garantira un engagement soutenu et des investissements stratégiques dans des domaines où le gouvernement fédéral a compétence qui favorisent l’inclusion des personnes handicapées dans tous les aspects de la vie de leur collectivité.

L’inclusion comme catalyseur du changement

Le mouvement pour l’inclusion soutient que les relations, l’appartenance et la possibilité pour chaque personne de contribuer de ses dons et habiletés sont essentielles à la santé et au bien-être des individus et de leur collectivité. Il envisage un monde où chaque personne, indépendamment de ses capacités, son âge, ou ses origines, a la possibilité et le soutien nécessaire pour apporter sa contribution à la société en tant que membre à part entière.

Inclusion implique changement. Il s’agit de construire un nouveau cadre social qui permette une valorisation de la contribution de tous les membres de la société, y compris les personnes qui ne « cadrent pas » dans une société qui fait l’apologie de la concurrence, de l’indépendance et de l’individualisme au détriment de l’interdépendance et de la communauté. Nous devons faciliter l’écoute des personnes qui n’ont pas encore de voix en raison de leur vécu, de leurs difficultés de communication et du manque d’un soutien adéquat.

Quand les collectivités accueillent la contribution des personnes ayant une déficience intellectuelle ou d’autres handicaps, elles prospèrent et nous bénéficions tous d’une société plus vibrante, créative et compatissante. Lorsque les personnes ayant une déficience intellectuelle prennent leur place légitime à la table, elles changent la table !

Composantes d’une culture et d’une pratique inclusive

a) Écouter l’expérience, les objectifs et les rêves des personnes ayant une déficience intellectuelle :

  • en mettant l’emphase sur leurs dons et leurs aptitudes;
  • en reconnaissant qu’il s’agit d’un groupe diversifié avec un large éventail de capacités, d’expériences de vie, de personnalités, d’intérêts, de croyances, de milieux culturels, de réseaux sociaux, d’éducation et de besoins de soutien;
  • en se rappelant que les individus ont diverses histoires d’oppression et d’exclusion, incluant des niveaux élevés d’abus;
  • en sachant que plusieurs utilisent une forme alternative de communication.

b) Développer des réseaux sociaux forts et durables pour les personnes ayant une déficience intellectuelle :

  • qui maintiennent la voix de la personne au cœur de leurs préoccupations;
  • qui s’édifient avec leurs familles, amis, collègues de travail et les membres de leurs cercles d’intérêt qu’ils choisissent d’inclure;
  • qui sont basés sur la réciprocité et les apprentissages en commun;
  • qui augmentent leur appartenance à la collectivité de leur choix.

c) Offrir des possibilités d’éducation, de formation, d’emploi, de bénévolat et d’autres façons valorisées d’appartenance et de contribution à la collectivité :

  • en les adaptant aux forces et aux défis spécifiques à l’individu;
  • en renforçant l’inclusion et les liens sociaux, le choix, la dignité et l’autonomie tout en reconnaissant le besoin de sécurité et la valeur de l’interdépendance;
  • en recherchant des moyens créatifs pour accroître l’emploi et développer un éventail d’options alternatives pour l’exercice d’une contribution véritable.

d) Sensibiliser tous les Canadiens aux valeurs et aux pratiques de la diversité et de l’inclusion :

  • en réfléchissant aux dimensions culturelles des défis, aux dons de vivre avec une différence et de ce que signifie « appartenir »;
  • en restant sensible aux réalités culturelles d’une collectivité spécifique, bien que diversifiée;
  • en reconnaissant une histoire faite d’oppression et d’exclusion découlant d’une « discrimination fondée sur le handicap » et autres préjugés sociétaux;
  • en soulignant les aspects positifs de réalisations individuelles et de l’impact de l’inclusivité sur les communautés.

e) Développer la capacité d’inclusion et d’appartenance de la collectivité :

  • en débutant par l’analyse de ses atouts et de ses défis;
  • en utilisant les soutiens favorables à l’inclusion dans les milieux sociaux existants;
  • en établissant des objectifs de développement stratégique à long terme;
  • en introduisant un développement du leadership à tous les niveaux.

f) Soutenir les réalisations culturelles et artistiques des personnes ayant un handicap comme moyen de sensibiliser le grand public aux dons et à la contribution des artistes ayant une déficience intellectuelle ou d’autres handicaps.

Appel à l’action

La mission de L’Arche nous appelle à :

  • annoncer les dons et l’apport des personnes ayant une déficience intellectuelle, le pouvoir transformationnel des relations de mutualité et du partage de la vie en communauté;
  • développer des formules favorisant le développement du potentiel et répondant aux attentes des personnes ayant une déficience intellectuelle, qui sont enracinées dans nos valeurs fondamentales et qui favorisent l’inclusion;
  • s’engager avec d’autres au Canada qui travaillent à créer une société plus humaine (diversifiée et inclusive) où chacun trouve sa place.

L’Arche au Canada a fait de cette vision, initialement articulée par Jean Vanier, une réalité depuis 50 ans. Avec la richesse de son expérience et de son expertise, d’une portée nationale et qui va bien au-delà du secteur de services aux personnes, L’Arche est idéalement placée pour initier une transformation dans la façon dont les Canadiens voient les personnes ayant une déficience intellectuelle et accueillent leurs dons et leurs contributions.

Grâce à nos « Initiatives de croissance », nous transformons, dans les 30 communautés de L’Arche à travers le Canada, la façon dont nous soutenons les personnes ayant une déficience intellectuelle. Les foyers traditionnels de L’Arche qui demeurent une expression vivante du modèle relationnel unique à L’Arche, seront également renouvelés par une utilisation accrue de pratiques d’inclusion telles que la planification centrée sur la personne, les cercles de soutien et une véritable participation à la collectivité environnante, à toutes les étapes de vie de la personne.

Un large éventail de formules novatrices en matière de logement, de formation professionnelle et d’inclusion communautaire consolident le modèle relationnel de L’Arche tout en le rendant plus souple, plus durable et plus accessible. La notion de « carrefours communautaires » pivots de l’inclusion permet de relier les personnes ayant une déficience intellectuelle et leurs accompagnateurs aux partenaires de la collectivité environnante. Un éventail de modalités de soutien répondra aux espoirs et aux besoins changeants des personnes au cours de leur vie. Cette transformation permettra à L’Arche au Canada d’ouvrir ses portes à beaucoup plus de Canadiens (avec ou sans déficience intellectuelle) pour partager la vie à L’Arche de façon nouvelle et dynamique.

L’Arche au Canada développera des partenariats élargis, engagés dans un dialogue public pour promouvoir la diversité et l’inclusion, partager leurs connaissances et transformer le système de dispensation de services. Avec nos donateurs et le financement gouvernemental, nous développerons des indicateurs en lien avec nos innovations et des mesures de notre impact. Ensemble, nous augmenterons la capacité de la collectivité à accueillir les personnes ayant une déficience intellectuelle et à reconnaître leur contribution.

Parce que L’Arche est une organisation internationale avec plus de 150 communautés dans 37 pays, nous avons un impact global dans la promotion des valeurs d’inclusion et de diversité. L’Arche Canada s’emploie à accroître significativement le soutien aux communautés de L’Arche dans les pays en voie de développement (où il y a très peu de financement gouvernemental), en solidarité avec nos frères et sœurs qui ont tant à nous donner et à nous apprendre.

Avec le soutien de nos donateurs, du financement gouvernemental et d’autres partenaires, L’Arche continuera à transformer la vie de ses membres, leurs familles, amis et voisins, dans nos villes, partout au Canada et à la grandeur du monde. Ensemble, nous revivifierons la vision initiale de Jean Vanier et ses premiers compagnons en 1964, en augmentant l’impact de L’Arche pour la génération nouvelle.

L’Arche interpelle fortement le mouvement pour l’intégration communautaire à travailler ensemble pour bâtir une société plus épanouie, plus juste et plus diversifiée et créer un monde entièrement inclusif où chacun trouve sa place, un monde auquel chacun sent qu’il appartient.