Oser écouter, et oser prendre la parole

L’équipe des communications de L’Arche Canada, dans le cadre de la campagne sur les valeurs fondamentales, a récemment mis en ligne le témoignage illustré d’une personne ayant vécu un abus. Ce témoignage exprime en des mots très simples une réalité universelle : le manque d’écoute est à l’origine de grandes souffrances.

Dessin extrait de la vidéo

Non-seulement la relation abusive révèle en elle-même un douloureux manque d’écoute du vécu de la personne abusée, mais en plus, lorsque la détresse et la douleur ressentie ne sont pas écoutées par les proches, il s’ensuit une forme de double trahison de confiance. Ce qui conduit à des souffrances encore plus importantes.

Nous nous permettons de citer quelques extraits de témoignage qui sont très évocateur en ce sens :

« N’ayant pas été entendue par mes proches,
la souffrance s’est retournée contre moi,
(…)
Je me suis repliée sur moi-même,
Je faisais tout pour être invisible,
(…)
J’ai pris sur moi les actions de l’autre,
j’ai porté la honte, la culpabilité, tel un boulet à mes pieds.
(…)

Je me suis sentie démunie,
comme si plus jamais je ne pourrais faire confiance.
(…)
J’aurais eu besoin d’être écoutée,
et accueillie dans ma détresse, sans être jugée
 »

Le témoignage exprime sans détours l’importance de l’écoute des proches et intervenants, et aussi par la suite la nécessité d’une réappropriation de la parole.

À propos de cette prise de parole, la même personne qui témoigne et signe « Marie-Diane » écrit dans un autre texte :

À toutes les moi aussi
À celles qui n'ont rien dit
J'entends votre voix
Qui cherche à naître

À toutes celles qui se cachent
Pour rester dans l'ombre
Je vous invite à entrer dans la lumière

Elle viendra vous révéler
Que derrière cette souffrance
Se terre votre beauté
(…)

Heureusement, de plus en plus d’organismes, d’institutions et de gouvernements accusent réception de ces nécessaires prises de parole et prennent des mesures concrètes pour augmenter leur capacité d’écoute, en particulier auprès des femmes et des personnes vulnérabilisées.

À l’écoute du cri du mal amour

L’origine même de L’Arche remonte à cette écoute de réalités et de détresses socialement occultées. Lorsque Jean Vanier, à la suite de visites d’institutions dans lesquelles étaient confinées les personnes ayant une déficience intellectuelles, décide d’accueillir deux de ces personnes chez lui, il accomplit un geste décisif d’écoute de leur détresse.

De la même façon, lorsqu’il se questionne sur les cris et comportements de certaines personnes accueillies, il se met à l’écoute de leur histoire et du mal amour qui a engendré l’expression de leur détresse.

À plus forte raison, quand le fondateur de L’Arche se fait le « porte-voix » des personnes ayant une déficience intellectuelle en multipliant les conférences à propos de leurs dons partout autour de la planète, il promeut et partage le fruit de cette écoute essentielle.

Il ose prendre publiquement la parole pour dénoncer les préjugés et en appeler à une plus grande écoute des personnes vulnérabilisées par un handicap, une déficience, ou une maladie. Ces personnes, rappelons-le, jouant un rôle incontournable dans l’élaboration de communautés à dimension humaine.

Pour une culture de l’écoute intégrée dans les structures décisionnelles

L’écoute de la réalité vécue par les personnes brimées, vulnérabilisées et marginalisées reste et restera toujours fondamentale dans la prévention et la guérison du mal amour. Cette même qualité d’écoute constitue le garant d’une collectivité saine, unie, vivante et empreinte d’empathie.

L’histoire nous démontre qu’aucun système politique, et aucune structure organisationnelle, n’est à l’abri des abus de pouvoir ou autres formes d’abus.

Cela prend des mécanismes d’écoute fortement intégrés dans les procédures des organismes pour contourner les abus de pouvoir que les structures hiérarchiques conventionnelles tendent à perpétrer. 

La direction et le Conseil d’administration de L’Arche Canada sont conscients de ces enjeux. Au-delà du renouvellement de ses engagements vis-à-vis de ses membres, et en réitérant ses politiques face aux abus, L’Arche Canada mène une importante réflexion pour prévenir le manque d’écoute et les systèmes qui pourraient protéger des comportements abusifs.  

En guise de conclusion, nous espérons, sincèrement et tous ensemble, continuer à implanter une culture organisationnelle résolument tournée vers l’écoute et le partage de prises de parole.

Références :

Visionner la vidéo « J’aurais eu besoin d’être écoutée »
version française :  https://vimeo.com/246401085
version anglaise :  https://vimeo.com/246399460

Politiques de L’Arche Canada en cas d’abus :
http://www.larche.ca:8080/fr_CA/politique-en-cas-d-abus


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