Claire de Miribel, femme inspirante

Connaissez-vous Claire de Miribel ? Les anciens de L’Arche se souviendront sans doute qu’elle a été l’une des premières coordinatrices de L’Arche Internationale. Mais beaucoup plus, à la suite de Jean Vanier, elle aura été une grande inspiratrice pour de nombreuses personnes, un modèle, d’engagement profond au service de la mission de L’Arche.

Claire de Miribel est née en France en 1950. Elle est l’ainée de six enfants et restera souvent, même très jeune, en quelque sorte « l’ainée » des foyers et des initiatives dans lesquelles elle s’engagera par la suite à L’Arche.

Issue d’un milieu aisé, à l’abri des grandes misères de ce monde, Claire s’avère très vite douée, intelligente, bonne élève et consciencieuse. Elle aurait pu réussir sa vie dans pratiquement tous les domaines. Elle a également une personnalité charmante et attachante, dotée d’un sens de l’humour très vif, d’une formidable joie de vivre et se voit promise à une vie sociale épanouie.

Claire en 1972

Et pourtant, une vocation profonde va l’amener complètement en marge des grands chemins du monde, dans un petit village appelé Trosly, auprès de personnes extrêmement marginalisées par la société de cette époque.

Lorsqu’elle est encore étudiante, elle a un premier contact avec la dimension de l’engagement bénévole lors d’un voyage en Amérique et à son retour elle organise un club de loisirs pour des personnes ayant une déficience intellectuelle, à la demande de sa paroisse.

C’est à l’invitation d’une américaine présente aux débuts de l’Arche, Gerry McDonald, que Claire se rendra une première fois à Trosly-Breuil, un petit village au nord de Paris, où Jean Vanier avait créé une première communauté.

Elle en gardera « un souvenir épouvantable » pour toutes sortes de raisons. L’histoire aurait pu en rester là.

Mais en 1971, elle assiste à un évènement en Belgique durant lequel Jean Vanier prend la parole. « C’est là », dira-t-elle plus tard, « que le ciel m’est tombé sur la tête ».

Jean Vanier qui parle entre autres de la nécessité de dresser un pont entre deux mondes, celui de ceux qui « ont » et celui de ceux qui « n’ont pas », réveille la conscience de Claire qui raconte ; « J’ai vécu dans mon adolescence une sorte de culpabilité : je vivais dans un pays en paix, riche, alors que les deux tiers de l’humanité vivaient dans l’angoisse du lendemain, dans des conditions honteuses d’oppression. J’avais douloureusement conscience de ces deux mondes, mais je ne voyais pas comment faire l’unité entre ces deux monde ».

Les paroles de Jean Vanier la réconfortent en évoquant la possibilité de réconcilier ces deux mondes, tout en évitant le rejet ou l’exclusion.

Jean Vanier voit tout de suite le potentiel de cette femme « dotée d’une intelligence à la fois pénétrante et unificatrice, débordante de rires, de chants, et d’une extrême bonté ». Il demande alors à Claire, en toute simplicité : « Quand viendras-tu à l’Arche ? » Et avec une égale simplicité, elle répond qu’elle viendra lorsqu’elle aura terminé ses examens.

L’Arche arrive à L’Arche en 1972, à l’âge de 21 ans. Une assistante à long terme de L’Arche se souviendra avoir dit à l’époque : « On a gagné le gros lot ! »

Deux jours seulement après son arrivée à Valinhos, elle est envoyée à Villers-Saint-Paul, un petit village à 40 kilomètres de là, pour vivre en foyer avec quatre hommes avec un handicap léger, dont l’assistant a dû partir. Elle s’en sort très bien et les hommes l’apprécient beaucoup

Ensuite, Jean Vanier lui confie la responsabilité d’ouvrir le foyer de Massabielle en 1973. Claire n’a alors aucune idée de ce qu’exigera le démarrage, à partir de rien, d’un tel foyer, mais elle s’y installe sans inquiétude particulière.

Ce sera le début de toute une suite d’engagements de Claire dans la mission et le développement de L’Arche.

Ceux qui font leurs débuts en communauté avec Claire à cette époque se rappellent bien sa chaleur humaine, sa capacité d’accueil, son talent pour créer une atmosphère familiale, sa simplicité avec des personnes de tous horizons et son sens de l’humour.

L’Arche Bouaké et Innocente

Claire en 1997En 1983, Claire de Miribel est désignée comme responsable intérimaire de L’Arche Bouaké, en Afrique pour une durée d’un an. L’Arche Bouaké accueille alors de petits enfants, ce qui ravit Claire et lui permet de développer l’aspect maternel de son tempérament. Parmi bien d’autres c’est Innocente qui dans sa totale impuissance comble Claire d’une paix et d’une joie profondes, expérience qui l’habitera pour les années à venir. Claire racontera souvent comment, un jour qu’elle est assise par terre à côté d’Innocente, elle a soudain mieux compris ce qui est au cœur de l’Arche : « Innocente m’a appris à ne pas avoir peur de ma faiblesse, de ma pauvreté. J’avais été éduquée à réussir, à dissimuler mes faiblesses, à me débrouiller, mais le seul trésor que pouvait offrir Innocente était justement sa faiblesse. Elle ne pouvait la dissimuler, et m’a montré que si je partage ma faiblesse, elle peut devenir une source de vie. D’elle j’ai appris à oser reconnaître ma faiblesse, à l’accepter et à la partager. Ce faisant, j’ai permis à d’autres de ne pas craindre de reconnaître leur propre faiblesse. Ce n’est qu’alors que la relation devient possible ».

Son engagement dans L’Arche Internationale

Claire est très touchée par l’ouverture et la simplicité des pauvres qu’elle rencontre à Bouaké. La capacité de l’Arche à rassembler des gens de tous les milieux et de toutes les nations continue de fasciner Claire. En observant les assistants et les personnes avec un handicap assis autour de la table, elle se dit souvent que leurs parents n’auraient jamais déjeuné ensemble à la même table. De même, la dimension internationale de l’Arche est extrêmement importante pour elle.

La possibilité d’élargir considérablement l’espace de sa tente lui est offerte quand elle reçoit à Bouaké une lettre lui demandant d’accepter la possibilité d’une nomination comme coordinatrice internationale. « Je n’avais pas de raison de refuser alors j’ai accepté. Une fois encore c’était complètement fou : j’avais 34 ans ». La nomination est confirmée en novembre 1984 et elle devient coordinatrice internationale.

Pendant le mandat de Claire de Miribel et de Joe Egan à l’international, le nombre de communautés de l’Arche autour du monde connaît une expansion considérable.

Grâce à son amour de la vie et son amour de la découverte de la vie chez les autres, Claire est aussi à l’aise en Afrique, en Inde et en Amérique du Nord qu’en Europe. Néanmoins, pendant toutes ces années, Massabielle demeure sa maison, son port d’attache, sa sécurité. Entre deux missions internationales, elle revient aux personnes de son foyer et fait la cuisine et la vaisselle.

Un choix de vie entièrement assumé

Claire et Sylvie en 2005Fait assez rare chez les assistants de l’Arche, Claire restera à Massabielle pendant 36 ans. Même ses plus proches confidents ne l’ont jamais entendu exprimer le moindre regret au sujet de son étonnant choix de vie. Une fois son choix arrêté, elle l’assume et l’intègre totalement. Ce qui ne l’empêche pas de répondre à diverses demandes qui lui sont faites à l’intérieur de L’Arche.

En réponse à quelqu’un qui lui demande si on peut être à la fois célibataire et heureuse, Claire répond du tac au tac : « Regarde-moi ! » Elle a elle-même fait ce choix par solidarité avec certaines personnes ayant une déficience intellectuelle qui comprennent intuitivement qu’elle s’identifie à leur sort au point de partager le célibat qu’eux-mêmes n’ont pas choisi.

Manifestement Jean Vanier est plus intellectuel tandis qu’« avec elle tout prend chair. J’avais la théorie, dit-il, mais c’est Claire qui lui a donné chair ». Elle appartient à la génération qui suit la sienne, et les assistants s’identifient parfois plus facilement à elle qu’à lui

Claire s’entend deviendra un grand soutien pour Jean Vanier, pratiquement tout à fait bilingue en français et en anglais, elle assurera la traduction de la plupart de ses livres en les corrigeant et en les améliorant.

Vers la fin de sa vie, quand la maladie l’obligera à renoncer à ses nombreuses responsabilités dans la communauté, on lui suggère d’écrire un livre. Elle refuse sous prétexte que si elle écrit tout ce qu’elle sait, elle n’aura plus rien à dire.

Ce livre, c’est Kathrin Spink, une grande « raconteuse » de l’histoire de L’Arche qui l’écrira plus tard.

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