Communications et engagement dans la société

Cette année de transition n’a pas été facile pour l’équipe Communications et engagement dans la société de L’Arche Canada, ni pour ses opérations. De plus, l’impact de cette transition sur ses importants travaux sera davantage ressenti à mesure que nous irons de l’avant avec de nouvelles initiatives et de nouveaux partenariats.

La communication, c’est le partage

Il y a un peu plus d’un an, j’ai assumé un rôle à temps partiel avec l’équipe  Communications et engagement dans la société de l’Arche Canada. J’ai abordé mes tâches avec un profond désir de communiquer et de faire part aux autres de tout ce que j’ai appris à L’Arche au cours des 30 dernières années. Dès les premières semaines, j’ai commencé à douter de mes capacités à exercer ce rôle qui évoluait constamment. Puis, j’ai vécu une situation qui m’a rappelé ce que signifiaient, exactement, l’engagement et la communication.

En mai 2016, devant le cercle juif de Danforth, je suis allé parler de l’inclusion des personnes ayant une déficience intellectuelle. J’étais avec Mel, un compagnon de L’Arche de longue date, et j’étais ravi qu’il soit avec moi, même si je savais qu’il aimait beaucoup profiter de son temps libre les samedis et dimanches. Plus tôt dans la semaine, nous avions rencontré Amy, du comité de l’accessibilité, et la rabbin Miriam, ce qui m’a aidé à convaincre Mel de m’accompagner.  Et Mel qui priait souvent pour encourager l’unité entre des personnes de différentes confessions, fut très heureux d’apprendre que cette congrégation juive se réunissait dans une église unitarienne très active dans notre quartier.

Après avoir gravi ensemble les marches sombres et inégales du sanctuaire (les rénovations pour assurer l’accessibilité ont été entamées peu après cette expérience), Mel était fatigué. Notre plan initial était de faire part de nos expériences de vie en communauté, pour ensuite ajouter quelques détails sur l’inclusion. C’était quelque chose que nous avions déjà fait plusieurs fois par le passé. Il faut savoir que Mel pouvait parfois être têtu, mais qu’un peu de persuasion pouvait l’amener à raconter des histoires à la fois drôles et sincères, amusantes et éloquentes. Mais ce matin-là, il semblait avoir perdu toute son énergie et ne participait pas à notre conversation. J’ai donc décidé de laisser mes notes de côté pour lui dire : «Mel, tu me parais fatigué». Il m’a répondu : «Je ne sais pas ce qui se passe avec moi ces jours-ci». Puis, grâce à cette simple conversation, Mel s’est détendu et a commencé à raconter ses histoires à la fois drôles et sincères, amusantes et éloquentes. Pendant qu’il parlait, je l’ai regardé et j’ai réalisé que quelque chose de magique était en train de se passer : la petite congrégation entrait au sein de l’histoire avec nous. Notre vulnérabilité, notre soutien mutuel et notre joie avaient créé un lien avec les membres. Puis, j’ai réalisé qu’ils avaient toujours su comment accueillir une personne ayant une déficience intellectuelle : l’écouter avec respect, être patient, gentil et prêt à accepter l’autre en tant qu’ami et compagnon de route. Avec notre partage, nous avions créé une liaison.

Une année de transition

Je me suis souvenu de cette expérience quand j’ai joint cette équipe en pleine période de grands changements. Beth Porter, qui pendant plus de 16 ans a écrit, édité et dirigé l’élaboration d’une large gamme de publications et de ressources éducatives, avait décidé de prendre sa retraite. Elle travaillait alors à son dernier projet, un guide pédagogique pour accompagner la magnifique vidéo «Pareil pas pareil». Beth avait travaillé dans les bureaux de la fondation, maintenant sous une nouvelle direction, car Dean Levitt s’était retiré du conseil d’administration et Gary Sim assumait le rôle de Président-directeur général. Enfin, mon ami John O’Donnell, qui avait dirigé, entre autres, la campagne AVEC, avait quitté le poste de directeur de Communications et engagement dans la société après trois ans. À l’époque, le grand projet était la création d’une nouvelle plateforme pour larche.ca, avec une plus grande capacité qui permettrait l’éventuelle intégration du site des membres (larchecommons) et du site de recrutement, lancés au cours de l’été 2016. C’était une période de grands changements, de pertes et de nouvelles directions: une période difficile.

Parmi tous ces changements, il y a eu une réaffirmation des orientations stratégiques concernant les communications et l’engagement. Ces nouvelles orientations ont été énumérées et approuvées lors d’une importante révision de la communication en 2010. Les points importants de cette révision comprennent :

  • Comme objectif principal, de se concentrer sur la cause globale de la mission de L’Arche de promouvoir les dons des personnes ayant une déficience intellectuelle pour, tous ensemble, parvenir à «une société plus humaine». Nous atteindrons cet objectif : grâce au dialogue public avec nos partenaires; grâce au partage de notre propre sagesse et de nos apprentissages ainsi que ceux de nos partenaires en ligne; grâce à notre accent sur une narration sous forme de mots, d’images et de médias créatifs; et grâce à nos ressources éducatives?;
  • Comme objectif secondaire, de se pencher sur la promotion de L’Arche, en partenariat avec la fondation, l’équipe de recrutement, les régions et les communautés. La promotion par le biais d’histoires est la meilleure façon de promouvoir L’Arche ainsi que sa cause. C’est pourquoi nous devons renforcer notre capacité à bien raconter des histoires qui toucheront profondément notre public cible, c’est-à-dire les donateurs actuels et potentiels, les bénévoles, les assistants et les autres partenaires qui partagent notre mission. Le 50e anniversaire de L’Arche au Canada est l’occasion parfaite pour propager davantage les idéaux de L’Arche;
  • Des communications internes qui diffusent l’information, tout en motivant les intervenants à s’impliquer dans notre projet de renouveler la manière dont nous manifestons les valeurs fondamentales, la mission et le mandat de L’Arche. Cette mobilisation est essentielle pour renforcer la collaboration entre les communautés et leurs réseaux.

Et comme si ce plan n’était pas déjà assez ambitieux, nous avons ensuite choisi de tester une nouvelle structure d’équipe. Nous avons décidé de ne pas remplacer le directeur à temps plein ou l’écrivain/éditeur/développeur de ressources à temps partiel. Manu (Jean-Emmanuel Allard), notre consultant en communications de longue date et moi-même avons choisi de travailler quatre jours par semaine, tout comme notre concepteur de communications visuelles et notre service informatique, Bernard Lebleu (qui travaillait à la conception du nouveau site Web international, le cinquième jour de la semaine). Manu et moi nous étions donnés comme mission de produire, développer et mettre en œuvre du contenu pour le plan de communications. Puis, on m’a éventuellement demandé de diriger l’équipe. Même si je suis un débutant en la matière et que Manu et Bernard ont beaucoup plus de connaissances et d’expérience, j’admets que j’ai L’Arche dans mes veines et que je connais l’organisation de fond en comble, ses forces comme ses faiblesses. Le fait de travailler avec deux hommes très différents, mais tout aussi passionnés et créatifs peut être une expérience épuisante et inspirante en même temps (et je suis certain qu’on a dit la même chose de moi). C’est peut-être mon amitié avec Mel qui m’a préparé pour ce rôle.

 

Les eaux se troublent

Nous avons entamé le mois de septembre armés d’un plan ambitieux et remplis d’enthousiasme, mais les choses allaient se compliquer. Il était évident que la charge quotidienne de travail de Bernard était trop lourde, car il était responsable du développement simultané de trois sites.  Nous avons recruté Bill Ing pour qu’il s’occupe de répondre aux nombreux courriels de soutien technique, tout en faisant des réparations à notre système et fournissant un support continu. Bernard a pu entamer le renouvellement du site Web de la fondation, en mettant l’accent sur notre projet de grande envergure qui consistait en la mise en ligne des modules de formation du Leadership de service. Les projets de remise en état de larche.ca et d’achèvement de l’intranet ont dû être mis de côté et c’est seulement récemment qu’ils ont été remis en développement.

La communication en période de crise est également devenue une priorité lorsque des témoignages d’abus sexuels en France dans les années 70 et 80 sont sortis dans les médias. Nous avons perçu cette crise comme une indication du besoin impératif d’une plus grande transparence, d’un meilleur engagement dans la société et d’une réaffirmation de nos valeurs fondamentales et des pratiques qui les soutiennent. Nous avons dû y consacrer beaucoup de temps et d’énergie, mais aujourd’hui nous sommes reconnaissants de cet appel à la mobilisation de nos membres autour de l’intérêt commun du renouvellement de notre mission.

Au même moment, les dirigeants de L’Arche Canada ont approché l’organisation Innoweave pour étudier les moyens d’augmenter et d’unifier l’impact de L’Arche. Ce processus s’est révélé être tout un défi pour l’équipe Communications et engagement dans la société, dont le mandat d’impact sur la société canadienne est si vaste. Mais ces questions concordaient bien avec celles de la fondation, qui cherchait des manières de maximiser notre impact au Canada en puisant dans nos ressources limitées et avec l’investissement stratégique des donateurs actuels et potentiels. Nous travaillons toujours sur ces questions, qui sont essentielles pour ensemble, aller de l’avant.

La bonne nouvelle

Certaines choses ont progressé plus lentement que prévu, tandis que d’autres se sont accélérées, mais notre année de bouleversements et d’expérimentations présente quand même de bons résultats :

  • Les tables rondes du Forum social mondial, de Gatineau et de Montréal, offrent un modèle pour renforcer notre dialogue public avec nos partenaires. Accompagné de Lori, qui fait partie de l’initiative de développement, je participe à des rencontres avec des partenaires potentiels issus du Canada anglais pour discuter de futures collaborations;
  • Un groupe de réflexion a publié un document concernant la consultation du gouvernement fédéral sur des projets de loi, des membres de différentes provinces ont participé à des assemblées publiques et une petite délégation a rencontré l’honorable Carla Qualtrough, ministre des Sports et des Personnes handicapées à Ottawa;
  • Une consultation avec les communautés les implique dans les choix que nous devons faire concernant la priorisation des questions sur lesquelles L’Arche Canada devrait se pencher pour assurer un impact plus important. Nous allons collaborer avec elles, la fondation, les consultants externes et L’Arche internationale pour déterminer les messages-clés et, ainsi, mieux définir L’Arche;
  • Nous avons commencé à réfléchir aux ingrédients d’une bonne histoire, la manière dont nous racontons des histoires à L’Arche, et les compétences nécessaires pour que plus de gens puissent contribuer à la narration à travers différents médias;
  • Le site Web et l’intranet seront bientôt entièrement implantés, mais ils nécessiteront des mises à jour constantes. Nous élaborons toujours du nouveau contenu et de nouvelles méthodes créatives de partager des messages à l’égard de nos valeurs fondamentales, via les médias sociaux.

Le regard tourné vers l’avenir

Au cours des prochains mois, nous allons recadrer nos activités de communications et d’engagement et travailler de près avec la fondation pour obtenir les ressources nécessaires à nos projets de grande envergure, afin d’assurer un impact plus important. En collaboration avec l’ensemble de L’Arche au Canada, nous réfléchirons plus profondément à la façon dont nous manifestons nos valeurs fondamentales et la manière dont nous les faisons partager à d’autres et continuerons à repenser L’Arche pour la prochaine génération. Nous nous préparons pour l’ère où Jean Vanier ne sera plus notre voix et le lien spirituel de L’Arche ; nous nous inspirerons de son exemple, mais nous le renouvellerons pour l’adapter à un contexte moderne. Nous savons que la voix des personnes ayant une déficience intellectuelle sera au cœur de ce travail, et que ce ne sera pas facile.

Tout au long du parcours, je m’inspire de mon ami Mel, décédé en mai dernier, un mois après avoir raconté nos histoires. C’était un homme ordinaire dont la vie était remplie d’une joie et d’une compassion extraordinaires. Il a uni des groupes de gens, au sein de sa famille et de L’Arche, dans son groupe d’équitation bien-aimé, à la banque alimentaire Pain quotidien et dans plusieurs communautés juives (incluant la rabbin Miriam, notre nouvelle amie, qui nous a accompagnés lors des dernières étapes du voyage de Mel en tant qu’homme juif). Il a trouvé sa voix dans L’Arche et l’a utilisée, non seulement pour établir ses rêves, mais aussi pour défendre les pauvres et les rejetés, et inciter à la paix et la tolérance. Comme Mel, nous devons tous percevoir l’appel, découvrir nos dons et se faire entendre pour travailler ensemble à réaliser un monde meilleur.


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