Je suis sur la route depuis lundi, L’Arche de Chantal avait préparé des provisions alors je suis allé les chercher. Un aller qui m’aura coûté un pneu, éclaté sous le poids des quatorze personnes et de leur charge à bord de mon vieux bazou. De retour aujourd’hui dans la ville de toutes les misères, non sans une autre panne de caoutchouc (je n'avais pourtant pas tant de provisions que ça!) et des détours interminables. Les rues de Port-au-Prince sont bouchées de tous côtés par les milliers de sans-abri improvisés et leur vie tout entière contenue dans une mallette sur roulettes.
Demain matin, c’est le grand départ pour huit amis et quatre assistants de la communauté de Carrefour, qui déménageront, le temps de la convalescence de la capitale, à Chantal. Ce que c’est beau, de voir Joseph souriant à l’idée d’une aventure en campagne! Ce que c’est beau, de regarder briller les yeux si doux de Justine, alors qu’elle revisitera ses amis de province!
Et surtout, ce que c’est beau, de comprendre par le vécu ce qu’est une solidarité de cœur. Rien n’oblige L’Arche de Chantal, une maison trop petite, des ressources limitées, déjà débordée par la présence de quatorze amis, par le manque d’assistants, à accepter d’héberger une partie de la communauté de Carrefour. Et pourtant…
Et pourtant, nous serons treize dans le véhicule demain, en grand « road trip » vers le sud, vers la mer, vers le calme de mon village d’adoption. Loin, aussi loin que l’île nous le permette, de la folie de la ville. Un repos forcé, mais pas des vacances! Oh que non! Ils vont travailler dur mes chers amis à l’atelier de Chantal… C’est qu’on a du mamba à préparer nous autres, et des meubles à fabriquer aussi!

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