On dit souvent à L’Arche que nous sommes une grande famille. Cette idée peut être interprétée de nombreuses façons mais mon expérience d’hier ne peut que confirmer l’expression si méticuleusement choisie.
Léonette est responsable du foyer de L’Arche Chantal. Une femme réservée, silencieuse, souriante et qui fait tout avec amour. Pour moi, et vous maintenant, elle est Léo, notre sœur. En créole, c’est sè’m. Ma sœur.
Jean Chéry est ébéniste à l’atelier de Chantal depuis plusieurs années. Un homme effacé, doux, calme, souriant. Pour moi, et vous maintenant, il est Boss Jean. Un boss, c’est un homme de métier. Son métier à lui, appris sur le tas comme on dit, c’est l’ébénisterie. En créole, ce serait Boss mwen; mon boss.
Hier après après-midi, dans la cours tranquille d’une maison située au milieu de nulle part, deux familles priaient ensemble. Prenant pour témoin les cocoyers et les poules, le soleil chaud et un blanc, la voix chantante des mères nous donnaient l’envie de trouver réconfort dans les bras de cette jeune femme; de trouver courage dans les bras de cet homme bon.
Léonette va se marier. Jean aussi. Alors ils ont décidé de le faire ensemble, puisque c’est plus pratique. Non, sans farces, les deux amoureux uniront leur vie à jamais le 24 décembre prochain. Juste avant la messe de minuit, je m’en suis assuré. Moi, le frère de Léo, l’ami de Boss Jean, j’étais invité à leurs fiançailles. J’ai même eu le droit de dire un mot, moi qui adore tellement les discours…
Dans la tradition haïtienne, le futur époux n’est pas présent lors des fiançailles. Donc, à la santé de Boss Jean, on s’est régalé d’excellent griot, de bananes pesées, d’acras, de salade de carottes. Une chance que Boss n’était pas là finalement, j’en aurais mangé moins. Avant de manger, tous ceux présents se sont exprimés sur l’union à venir. La mère de Léo est une vraie grand-mère, du genre qu’on veut prendre en photo aussitôt qu’elle nous sourit. Son discours était empreint d’amour et de fierté, une mère heureuse et comblée, ça se voyait à ses yeux brillants. La mère de Jean, plus sérieuse et réservée, est celle qui nous à fait le plus rire… « Si w pa marie’l, w pa bezwen vini la kay mwen enkò! » Euphorie totale dans l’assistance assise à l’ombre d’un toit de tôle. Traduction de ces mots qu’elle a dit à son fils: « Si tu ne la maries pas, pas la peine de revenir à la maison »…
Voilà, tout était dit. Ces deux familles-là se côtoient depuis des générations et hier, les liens se sont soudés grâce à l’amour et au respect. Le blanc invité, fier comme un pan d’avoir assisté à un événement si silencieusement parfait, est reparti avec la conviction qu’une famille, c’est aussi celle que l’on choisi.

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