Je suis de ceux qui pensent ainsi.
Mais la plaie est encore ouverte, les pansements ne suffisent pas. Et puisque j'adore me contredire, je vais en parler encore. Du tremblement de terre qui fait partie de la vie. Du tremblement de terre qui fait partie du quotidien. De la suite, aussi.
Mais ça fait neuf mois, alors il faut parler du nouveau, du changement. Ou, s'il est inexistant ce fameux changement, le dire clairement.
Comment sait-on que le temps traverse la vie comme une rivière dans la forêt? Silencieusement et en douceur? Parce que l'on regarde les gens marcher sur les trottoirs.
Là où quatre, trois, deux mois plus tôt, les gens n'osaient pas marcher, poser le pied, on se réapproprie l'espace urbain. Les piétons de la ville, souriant, presque nonchalant, posent leurs pieds sur du béton, avec du béton au dessus de la tête, et du béton dans l'air (poussière oblige). Il passe sous des immeubles de béton! Quel énorme changement, pour qui veut bien l'observer!
Moi, j'ai voulu l'observer. Et je l'ai vu. C'est parfois si simple, voir que le temps passe sous notre nez comme un moustique entre dans un filet. Quelle que soit les changements à venir, et il sont nombreux, il nous faudra compter sur le temps pour nous souffler à l'oreille, comme un vent de cyclone, ce que les gens ressentent.
On dit, à Trinidad-et-Tobago, qu'il n'y a qu'une seule chose plus infidèle qu'un homme, et c'est la mémoire. Celle-là même que l'on voulait sans faille, quand on parlerait dans dix ans du tremblement de terre. Elle est là, à nous permettre de reprendre la vie comme on l'avait laissé. Sous du béton, marchant sur du béton. C'est du tremblement de terre que l'on parlera encore longtemps, mais notre vision du quotidien, comme une mangue au soleil, changera de couleur et de goût.
Aujourd'hui, l'eau de la mer est chaude, les vagues de mes inquiétudes calment. On ne s'en fait pas, lorsque l'eau est turquoise et le ciel amoureux. On bronze, simplement. Et si on ne fait pas attention, on brûle aussi. C'est la loi de la nature, on finit toujours par oublier notre premier coup de soleil. Ah! la mémoire...
Jonathan
*Expression populaire, très sonore, décrivant le tremblement de terre. Il faut dire goudougoudou en agitant les mains, ça fait plus réaliste.

Envoyer à un(e) ami(e)

