Je suis chanceux. Peut-être plus que les autres. Je suis né là où il fallait, au bon moment, entouré d’amour et de respect. J’ai des parents parfaits, avec tous leurs défauts, et un frère à qui je cherche encore un défaut. Né le 2e, le dernier, j’ai tout eu facile et il faut dire que j’ai le rêve facile déjà en partant. Je vis sans limite, libre et je le dois à vous tous. Parfois, je souhaite à tous d’être affligé de la même maladie pathologique que moi : être heureux en tout temps.
Un rayon de lune traverse la fenêtre et trace une ligne sur mes mots. Ça y est, tout est réuni pour mon petit bonheur! À cheval entre deux nuages, les hélices dans le vent, je me plais à m’imaginer en plein vol avec Saint-Exupéry, à la recherche de l’invisible, de l’inconnu; à la recherche de la vérité qui se cache dans le cœur de tous les hommes. À ma droite, un blanc nuage, petit et sucré comme de la barbe à papa, flotte pour aucune raison dans le bleu du ciel.
Pourquoi est-il là?
Lui, seul, qui tient sans fil, sans support…
Tout de suite, je pense à ces gens touchés par la déficience intellectuelle. C’est automatique pour ma petite personne, l’invisible et l’incompréhensible me ramène toujours à Olivier, Fara, à tous ceux qui, seuls comme un blanc nuage, flottent sans armature dans notre monde si peu fait pour eux.
Comment était notre Noël à L’Arche de Chantal? Magique. Comme une série d’attentats dirigés vers mon cœur, pour le défaire de ses dernières chaînes, de ses dernières limites. L’histoire est longue et commence bien avant le 25! Il y eu Jacmel, pour un week-end de repos, puis la panne de voiture, puis la course folle, sous la pluie battante pour arriver à Chantal à temps. Puis la préparation pour le mariage de Léo et Boss Jean, la préparation du 25, ce Noël de L’Arche, mais juste avant il y a avait la messe de minuit à neuf heures, le manque de Diesel dans le camion, l’oubli de me garder de la bouffe, la tonne de déchets laissés par le mariage dans mon chez moi…
Je vous en prie, suivez-moi dans le prochain blogue pour une liste détaillée des péripéties d’avant et d’après Noël. L’histoire commencera il y a cinq ans, moment de mon premier Noël à L’Arche.
Voilà plus de sept mois que je suis au pays, en Haïti. Je le sais, j’ai une boîte pleine de pensées de Tenzin Gyatso, le 14e Dalaï-lama, en forme de petit calendrier quotidien qui m’a suivi et éclairé tout au long de l’année 2009. Pour 2010, ce sera différent. C’est ma communauté qui sera mon professeur. Puisque la plus grande sagesse se cache dans le silence d’un cœur heureux, je vais m’abreuver à la fontaine de jouvence que sont les amis de L’Arche. Ils me font plus jeune chaque jour, moi qui ne fait que vieillir à chaque seconde. Une résolution du nouvel an j’imagine.
J’ai écris tout à l’heure, à grands coups de talons rugueux dans le sable fin du sud, « Joyeux Noël »…
Mes mots me sont revenus tout effacés d’une vague un peu forte. Que dire de plus, il est minuit chez moi, et toujours pas de neige qui tombe. Ce n’est pas un vide, mais une différence notable. Noël, le temps des fêtes, est-il le même sans notre culture? Peut-on, fondamentalement, changer nos mœurs par simple changement d’environnement? Arrivons-nous à nous imaginer aussi heureux, avec le quart de ce qui nous appartient? Difficile, n’est-ce pas? Nos habitudes, nos coutumes, nos désirs sont si rattachés à cette terre qui nous a vue grandir, comme si tout notre être était imprégné de ce chez nous, natif-natal.
Et pourtant… Et pourtant!
Eux, ces Autres, ces êtres touchés par la déficience intellectuelle, leurs barrières ne sont pas les mêmes! Je me plais à m’imaginer Claude, mon vieux compagnon de L’Arche Montréal, ici, dans le pays le plus pauvre des Amériques et je le vois heureux. Et puis, j’envoie ensuite par vol d’imagination, une Justine de L’Arche Carrefour là-bas, au loin, à L’Arche Amos. Elle serait la même, cette Justine. Elle s’inventerait des maladies imaginaires, des blessures irréelles, en échange d’un peu d’attention. Elle adorerait aider les autres à faire le lavage, même si c’est à grands coups de machine électrique qu’elle le ferait. Elle mangerait comme elle le fait ici, un peu égoïstement, le dernier morceau du gâteau de fête de son amie fêtée la veille. Et les assistants, noir ou blanc, d’ici ou d’ailleurs, riraient à la voir heureuse pour si peu, un rayon de soleil dans notre quotidien…
Et puisque des mots comme les miens peuvent se voir disparaître, victime d’une toute petite tempête de vague salée sur une plage de blanc sablon, je profite de ma vie si merveilleusement jolie pour vous souhaiter de joyeuses fêtes.
Joyeux Noël en retard à vous, que j’aime à distance. La vérité vraie, c’est que le temps des fêtes est, quand on le veut, un moment de pur plaisir et de grands bonheurs.

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