Galeries-photos

Mai 2010
2010-05-25 08:49:07

Le soleil qui se lève sur une deuxième année à Chantal, c’est un peu comme du miel sur un bout de pain frais…

Le 21.

Le jour d’avant, c’était la fin de ma première année dans mon pays adoptif. Aujourd’hui, c’est un nouveau départ. Rien ne compte du passé, sauf que d’avoir grandi. Je m’étais engagé pour deux ans dans le projet, dans la communauté, dans cette organisation si différente qu’est L’Arche. Je ne le ferai pas cette fois-ci. C’est, voyez-vous, la première fois que je pose ma besace pleine de rêves et d’idéaux en un seul endroit pour plus de six mois consécutifs. Ma maison perdue entre deux champs de maïs, comme un tournesol tourné vers les rayons chauds, me remplie d’une joie toute particulière. Et j’y passerai une autre année parce que j’ai la liberté de ne pas le faire. Je ne m’engage en rien, en cette deuxième année, sauf que de savourer ces instants de pur bonheur qui accompagnent la vie.

Je vous glisse ici un vieux texte, de mes premiers jours en Ayiti. Parce qu’ils sont encore d’actualité en mon esprit :

Ce que ce pays m’apprend, c’est que lorsque la pluie tombe, on s’abrite. Que lorsque le soleil brille, on sort.

Que lorsque l’on a quelque chose à faire, on le fait tranquillement.

Que la famille et les amis sont de l’or, le travail une vertu, la patience une obligation. L’école est un cadeau, le confort d’une maison aussi. Que tout ce qui dépasse les besoins de base est un luxe. Pas un luxe négatif, mais un luxe qu’il nous faut chérir.

Ce pays m’apprend l’amour et me force à me regarder en face; il me jette au visage mes qualités et mes défauts. Ce pays ne laisse pas de chance non plus.

Ce pays m’apprend qu’un visage sévère peut s’ouvrir. Qu’un sourire peut cacher la plus grande des détresses. Ce pays me rend plus humain, avant que d’être employé, avant que d’être diplômé, avant que d’être ce que je ne suis pas. Ce pays me pousse vers l’humanité.

Ce pays me fait écrivain, son sol me fait conteur. Ce pays me fait observateur, ses gens me font photographe. Ce pays me fait du bien, alors je le fais un peu mien…

Et je vous dois des centaines d’histoires…

Deux jours passés, je revenais de Port-au-Prince, sur la route nationale si singulièrement haïtienne, et j’avais comme passagers une mère et sa fille. Les routes sinueuses du pays me poussent toujours à la rêverie, avec ses milliers de piétons à éviter, ses cocoyers qui bordent la route, ses montagnes à gravir en deuxième vitesse, ses tap-taps à dépasser en troisième, ses longues courbes à épouser en quatrième, le tout klaxon chantant. Le temps était pareil à mon humeur, entre gris de pluie et orange de chaleur. Très rapidement, mes deux co-pilotes se sont endormies et m’ont laissé, l’instant d’une sieste, imaginer un monde où l’handicapé n’est pas celui que l’on rejette, mais bien celui que l’on écoute comme conseiller. J’étais à me fabriquer des bureaux gouvernementaux imaginaires, conçus pour recevoir un conseil de sage composé de personnes touchées par toutes les formes d’handicap. Les images défilaient devant mes yeux et je me disais que si ce n’est que le regard qu’il nous reste à changer dans le monde, alors c’est dans la poche.

Clara dormait, appuyée sur sa mère. Belles comme seules mère et fille arrivent à l’être, il me semblait que leurs cœurs battaient en même temps, sur un air de Yann Tiersen qui jouait dans la voiture. Nous sommes tous si vulnérables dans le sommeil et pourtant, si fort de confiance en la vie, lorsque nous fermons les yeux vers l’inconnu.

Le jour où j’ai découvert ma foi
J’ai cessé de croire
Je suis devenu croyant…

Vieille expression soufie, entendu pour la dernière fois entre les lèvres du poète Îbn Rhaa Munn

Arrivés à Miragoane, mi-chemin entre la capitale et la ville des Cayes, nous nous sommes arrêtés pour grignoter quelques bananes pesées, avec un peu de grillot. Nous avons bu du Tampico, jus chimiquement plus concentré que la loi ne devrait le permettre. Mais ce surplus de sucre nous a tous réveillé, c’était bien. Puis, la mère de Clara s’est mise à me parler du personnage. Celui d’un futur blogue, peut-être, ou celui de tous les blogues, qui sait. Il avait la capacité, dit-on, de contrôler la pluie. Un personnage, en Ayiti, c’est aussi une personne considéré comme un peu folle, différente, incompréhensible. Parfois, la pluie ne tombait que sur son jardin à lui, laissant tous les autres habitants de son village à sec, avec des récoltes perdues et des bourses vides. On avait souvent l’habitude de le battre, pour qu’il laisse la pluie venir aux autres.

Lundi dernier, les gens du voisinage l’on battu à mort. Bon, pas nécessairement par exprès que vous me direz. Et vous auriez fort probablement raison. Toujours est-il que le personnage est mort d’un coup de trop. Mort par ignorance, peut-être est-ce mieux que de mourir ignorant. Un jour, j’irai interviewer les gens de son village, pour en savoir plus sur le personnage.

Quand j’ai demandé à la mère de Clara si elle trouvait cela normal qu’on l’ai traité ainsi, sa réponse fût automatique : Non!

- Ah! W dakò ke moun yo pa te gen dwa bat li konsa?
- Wi, yo te mèt bat li, mè yo pa te blije touye li

J’ai gardé le silence, quelques secondes. Je suis très bon en créole mais parfois, la traduction ne veut simplement pas se faire. Venait-elle de me dire qu’elle était d’accord avec ce qui venait de se passer? Oui. Elle me le répètera par la suite. Ils n’avaient pas à le tuer, mais le battre, ça c’était bien normal. Oui, puisqu’il empêchait la pluie de tomber dans le voisinage. Oui, puisqu’il n’était pas comme les autres.

Quand je lui ai demandé si elle venait de ce coin de pays là, elle me répondît que non, mais qu’une amie à elle y habitait.

Parfois je me dis qu’ici, on pardonne plus rapidement les coupables que les gens coupables d’être différent. Dur dur d’être différent… je ne leur parlerai pas de ma claustrophobie…

J’ai regardé cette mère de 22 ans, les yeux beaux, le nez large, les cheveux courts, une petite Clara de deux ans posée sur les genoux. Elles dormaient sans faire de bruit il y a à peine quelques minutes de cela. Puis je me suis dis que sous la douceur d’un moment se cache parfois l’imperfection si propre à la vie. Surprenant comme un nuage qui cache le soleil.

Oui, je vais laisser ma besace prendre du vent sur mon hamac installé entre deux nuages. Encore un peu. Juste ce qu’il faut pour apprendre que la différence, en vérité, ne tue pas. Mais que le regard, parfois, si.

Bonne année Jonathan…hihi

2010-05-17 10:42:16

La photografie n’est pour moi que l’expression d’un amour profond pour le sujet. Et la photografie de documentaire, le moyen le plus simple et sans flaflas de partager le quotidien de gens qui m’impressionnent. Ce n’est, à mon sens, qu’en vivant et en partageant la vie de l’Autre, qu’un photographee peut capter de sa lentille, et ainsi montrer au monde, la véracité d’une vie.

Une image, dans mon imaginaire, donne une voix à ceux qui n’en ont pas. Parce que les médias dits de « nouvelles », et les conglomérats de médias, passent trop souvent à côté d’une histoire vraie. C’est un peu comme la lune et les étoiles. Elle est bien belle, d’ici, la lune pleine, mais elle est si brillante qu’elle ne nous laisse pas admirer ces milliers d’étoiles qui l’entourent… Parfois, on se concentre sur ce qui brille, et puis on oublie toutes ces gens dans le noir.

Non pas par méchanceté, mais par mégarde. Alors il me reste la photo, pour capter en ton de lumières, un quotidien ordinaire qui ne l’est pas.

Sur la photo, Vinvince, ami de la communauté de L’Arche, à Chantal. Une forte lumière entre deux cocotiers, une fumée grise, un corps qui danse dans son imaginaire. L’instant ne dure jamais plus que maintenant… puis on l’a perdu. C’est le malheur du photografe, toutes ces photos qui n’existent que dans sa tête parce que sa caméra n’était pas présente. Le malheur et pourtant, le seul petit bonheur au quotidien. Parce que l’on sait qu’elle est là, cette photo. Suffit, pour capter la magie, d’un peu de chance.

Une image peut-elle, réellement, remplacer la parole?

Le bonheur est invisible et inexistant, à qui ne veut pas le voir. On regarde avant tout par les yeux, puis on se laisse toucher par le cœur.

La vie n’est en fait que moments instantanés sur Polaroid, mais à puissance dix milliard.

2010-05-03 23:06:57

 

1500$ pour nettoyer les débris ...

 J’ai peur, encore, toujours.
Comme un poids invisible
Je ne vois pas le jour
Mon cœur vivra-t-il libre?

Une rose dans le gravier
La chaleur me succombe
J’ai bu à son sentier
Et vu toutes les tombes

 Vieux poème grecque, (traduction personnelle)

Fête du travail. 1er mai.

Quel travail? Celui qu'on attend toujours et qui n'est pas encore arrivé!

Mais ça ne saurait tarder, puisque la chaleur arrive, puisque les pluies arrivent, quelqu’un me mettra au travail, c’est certain.

Un homme, complet-cravate, grosses lunettes dorées, montre sans chiffres, est venu nous voir, moi et mes trois frères ce matin. 1500$ pour nettoyer ses décombres. Ça nous fera 45$ US à chacun, parce que son 1500$, c’était haïtien. 7500 gourdes, ce n’est pas tant que ça pour me suer la vie. Mais on s’est dit qu’on le ferait; que le gros monsieur aux lunettes d’or n’y arriverait pas seul, surtout qu’il finirait par se salir.

J’ai jamais su la fin de l'histoire, peut-être qu'il n'y en pas.  Mais je sais aujourd’hui que la fête du travail ici à Haïti, c’est surtout pour ceux qui connaissent pas le chômage.

J'ai jamais rencontré un étranger parler de mon pays avec autant d'amour.  À travers tes textes, je peux déceler une réelle affection pour ces gens que tu aides. J'espère que tu vas enfin déposer tes vieilles chaussures de voyage et rester parmi nous pour toujours. On a besoin de toi ICI.

Gaby Saget, Journaliste à Radio Métropole et lauréate du Prix RFI - Reporters sans frontières – OIF -prix francophone de la liberté de la presse 2009  ainsi que du prix Alexis Joseph décerné par SOS-Journaliste en Haïti

Jonathan Boulet-Groulx , c'est un autodidacte de l'humanitaire, un reporter du bonheur, un nomade de la photo, un écrivain de l'humain, un artiste de la fragilité humaine. Son blogue Mwen pa fou, consacré à la déficience intellectuelle en Haïti, est devenu un lieu de référence pour suivre de l'intérieur la vie haïtienne, après le 12 janvier et, en particulier, la place des personnes touchées par la déficience intellectuelle dans la reconstruction d'Haïti .

Jean-Louis Munn, Directeur des communications, L'Arche Canada


Jonathan vit depuis mai 2009 dans la petite communauté de L'Arche de Chantal dans les Cayes.


 

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Je vous demande de laisser votre griffe sur ce blogue. Tout vos commentaires seront rassemblés et envoyés aux personnes pouvant influencer la situation des personnes déficientes intellectuelles dans la nouvelle Haïti.
 Ce sera un gran cri du coeur que nous ferons ensemble. Merci anpil! Jonathan


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Commentaires

Michel Boyer
2011-01-15 19:40:50
Rose-marie
2011-01-12 12:42:16
2010-12-09 20:32:50
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2010-12-08 07:36:53
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2010-10-01 10:01:05
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2010-09-07 16:47:10
Rose-marie
2010-07-11 08:19:02
Foyer La Source (Arche Joliette)
2010-06-07 20:09:11
2010-06-01 15:44:46
Gaby Saget
2010-05-26 16:25:14