Galeries-photos

Mars 2010
2010-03-29 14:52:11

À 19h30, samedi le 27 mars, le reporter photographe québécois Jonathan Boulet-Groulx, de passage au pays, partageait au Dépanneur Sylvestre  son expérience et son engagement sur le terrain à Haïti. Un peu plus tôt dans la journée, il avait été interviewé à la radio de Radio-Canada. Cliquez sur l'image ci-dessous pour l'écouter.

Mardi le 30 mars, il sera  à la radio haïtienne de Montréal - CPAM en entrevue entre 12h00 et 12.30 avec le journaliste Jean-Numa Goudou.

Pour écouter CPAM RADIO ...

Extrait de l'Invitation au Dépanneur Sylvestre 

Oui, les statistiques sont des plus décourageantes. Trop de morts, trop d’amputations, trop de dégâts, trop de rien. Et pourtant, quand on regarde de plus près, c’est-à-dire quand on le fait exprès pour vivre le quotidien dans un pays comme Ayiti (Haïti en créole), ce ne sont pas les statistiques ni les grandes lignes qui nous surprennent.

La surprise nous vient toujours de la force du plus faible. La question à un million de gourdes est la suivante : Qu’est-ce que cette Ayiti, au lendemain de la plus grosse catastrophe qui ne l’aie jamais touché?

Le quotidien de centaines de milliers de gens, femmes et enfants, hommes et vieillards. Et pour expliquer ce qu’est Ayiti, après pareil évènement, il nous faut regarder droit dans les yeux des plus vulnérables, des plus oubliés, des plus ignorés. C’est une clé pour comprendre la complexité d’une situation comme celle d’Ayiti aujourd’hui.

Ayiti n’est pas pour moi un pays étranger, un pays de rumeur, un pays qui me serait raconté par les nouvelles de médias en quête d’une histoire sensationnelle. J’y vis et j’y construis mes rêves, comme tous ceux qui y vivent et qui tentent de donner un sens à leur vie; malgré le chaos, malgré les difficultés, malgré la chance qu’ils n’ont pas. Je ne peux faire rien d’autre, que de parler de ce que je connais. Et de ceux que je connais, avant tout.

Jonathan

 

 

2010-03-25 02:27:54

J'étais loin depuis deux semaines. Loin de chez moi mais plus près de la plupart  d'entre vous qui lisez ce blogue. En vacances.

C’est beau le mot, je n’avais jamais cru que ça pouvait faire autant de bien. Cerveau à off, l’instant d’un repos. Et puis on repart, la vie est ainsi faite que c’est dans le mouvement que je m’accompli.

J’ai pensé à vous, tous, qui prenez le temps de penser à ces gens, ces ayitiens, ces amis.

Merci de consulter ce blogue. Merci d’y ajouter des commentaires, des impressions, des histoires personnelles. Continuez, c’est la bonne façon de créer une mémoire collective pour ces êtres plus-que-parfaits; pour ces hommes et ces femmes déficients de l’intelligence et qui se trouvent confrontés à un défi de taille pour les prochaines années; avoir une place dans la reconstruction de ce petit pays beau, fragile et majestueux.

Le moment est plus approprié que jamais pour vous parler d’amour. Mais les mots ne feraient que s’embrouiller dans ma tête. Alors je vous propose un retour lent avec moi dans ce blogue.

Une photographie. Toute simple. Deux amoureux, parce que c’est le départ d’une vie, l’amour.

Harold - Sourire d'un jovialiste, bonté d'une samaritain et une blonde qui ne donne pas sa place


Merci à Harold de m’avoir invité à sa fête. 45 ans ce n’est pas rien, mais ce n’est pas encore trop gros non plus. T’en as encore 45 à vivre avant que je ne puisse dire que t’es vieux. Sourire d’un jovialiste, bonté d’un samaritain, et une blonde qui ne donne pas sa place… C’est SON chum. Que voulez-vous, l’amour, c’est si fort quand les chandelles s’éteignent! Joyeux anniversaire et mes vœux les plus sincères Harold Lejeune.

À très bientôt, avec un blogue nouveau et frais de mon retour en Ayiti, prévu pour le 31 au matin…

2010-03-10 22:50:54

Un homme svelte, à peu près de ma grandeur, m’attend devant un magasin de crème glacé; le seul ouvert présentement sur le Champ de Mars. C’est notre point de rendez-vous. J’arrive en retard.

Vous êtes Jonathan? Me dit-il d’un français impeccable.
Et vous J!

Mon français n’a pas la qualité ni les accents toniques de ce jeune universitaire, je le remarque aujourd’hui.

Dehors, c’est gris, gris et humide.

Voici J, un jeune homme travaillant à la Secrétairerie d’État à l’Intégration des Personnes Handicapés (SEIPH). En fait, il est responsable de la collecte des données d’après-catastrophe pour la SEIPH. Voici près de deux mois que le tremblement de terre a passé. Je m'assoie donc devant ce jeune universitaire à la barbe courte avec l’espoir simple de gonfler mes textes de statistiques intéressantes, inédites, exclusives, révélatrices…

Homme de chiffres mais aussi de théâtre et de communication, ce J. Ça se remarque aux accents toniques toujours aux bons endroits, c’est très beau le français dans sa bouche. Mais je ne suis pas venu pour que l’on me joue une pièce, j’ai véritablement besoin de chiffres pour m’aider à comprendre l’ampleur de la catastrophe. Donc, après quelques minutes de réchauffement conversationnel, après la première moitié de notre bière bu, je fonce droit au but.

J, j’aimerais avoir toutes les données, toutes les statistiques, à propos du handicap et de la condition des handicapés au pays, notamment après le 12 janvier.

Si je comprends bien,
me dit-il d’un ton sérieux, vous voulez des chiffres clairs et précis. Oui, vous me comprenez bien, que je réponds d’un ton sérieux moi aussi.

C’est difficile de pouvoir vous expliquer à vous, un étranger, la situation dans le pays, me dit un J un peu déconcerté. Ah bon! Pourquoi?, demandai-je un peu perplexe. L’embarras, continue-t-il, c’est de raconter tout ceci à un canadien… Je trouve ça rigolo de vous dire tout ceci, puisque vous ne pourrez jamais comprendre la vérité.

La vérité?, demandai-je curieux. Il me donne la vérité vraie : Aucune statistique, aucun recensement n’a jamais été fait, en lien avec le handicap. Jamais. Je répète, presque machinalement ce mot. Jamais

La question du handicap n’a jamais été une préoccupation pour les haïtiens, me dit J.

Et ça risque d’être ainsi pour longtemps? Je ne peux m’empêcher de sourire en posant ma question. Il me surprend de sa réponse.

Depuis le 12, il y a un réveil sérieux de la population face à la question du handicap dans le pays. Tout à coup, un cadre d’une grande entreprise, une infirmière, un enseignant d’université, bref n’importe qui se retrouve touché par le handicap du jour au lendemain. Avant, les gens handicapés restaient simplement à l’écart de la population pour de multiples raisons.

Depuis la catastrophe, les haïtiens se rendent compte que tout le monde devra être inclus dans le pays. J’ai une tante qui m’a dit il y a quelques jours de cela : « Tu sais J, c’est la première fois que je remarque qu’aucun établissement ne possédait de rampe d’accès pour les chaises roulantes avant le tremblement de terre. »

Mais, si aucun recensement n’a été fait dans le pays à propos du handicap, comment en êtes-vous venus à ces chiffres? On parle aujourd’hui officiellement de 800 000 handicapés dans le pays.

Des données par analogie, me dit-il. Étant donné tel tel chiffre, on déduit tel tel chiffre… C’est par déduction beaucoup plus que par recherche scientifique basée sur une méthodologie précise.

Puis il m’explique : Ces chiffres sont utilisés depuis les années 1990. Dans les années 1980, un consensus international a été atteint disant que 10% de la population mondiale était touchée par un handicap quelconque. Donc dans notre pays, notre bien petit pays, les chiffres furent simplement alignés avec le reste du monde. Nous ne sommes pas les seuls, plusieurs pays des Caraïbes ont fait la même chose.

Lors du recensement de 2003, le dernier en Haïti, aucune attention et aucune question ne sont apparus à propos du handicap dans la population. À ce moment là, les chiffres du recensement dénombraient quelques 340 000 handicapés. (Je le répète, même si aucun recensement n’a en vérité été fait à propos de cette partie de la population). 

Loin des 10% actuel, me direz-vous.

Vous avez raison, vous répondrais J.

Alors pourquoi, ajouteriez-vous.

Manque d’intérêt seraient les mots de J.

Puis, pendant que vous seriez bouche-bée, J vous expliquerait :

C’est en vérité plutôt simple. Le gouvernement, les ministères, en fait rien n’a été conçu, jusqu’à présent, pour les personnes handicapées. Donc, la question qui se pose mais qui n’a jamais été ouvertement dite est la suivante : pourquoi mettre la lumière sur un pan de la société que nous ne sommes pas prêts à aider de toute façon? Les moyens, tout comme l’intérêt ne sont pas encore présent. Puis ensuite, on reprend le chiffre magique de 10%, pour faire comme le reste du monde.

Et toi, J, tu y crois à ce chiffre? Perso, je le situerais davantage dans les 13 ou 14%.

Il a le regard droit ce J, des yeux jeunes aussi. Sa voix douce tranche de façon remarquable avec ses propos pourtant si franc. Je lui demande, avant de le laisser repartir avec sa copine qui l’attendait assise à une table un peu plus loin, s’il est positif face au futur.

Je suis assez pessimiste quant à l’avenir d’Haïti, mais je suis plutôt positif quant à la question du handicap en Haïti.

Ce sont tes dernières paroles?

Oui, me dit-il d’un ton sans équivoque.

Et bien les miennes seront différentes. Je suis assez positif quant à la question du handicap en Haïti, et ça me rend très positif quant à l’avenir du pays dans son ensemble, puisqu’il y a des gens comme J qui travaille chaque jour pour les plus vulnérables.

Quand une société se met à réfléchir, ne serait-ce que timidement à ces membres les plus fragiles et rejetés, c’est une société non seulement prête pour le changement, mais une société qui a déjà commencé à changer.

……………………..

Conclusion de la journée grise : les statistiques n’existent pas et le gouvernement pourrait vous dire que les chiffres balancent entre 1 et 999 999. Je me disais ceci, pendant que je traversais la rue les yeux rivés sur mon blogue à écrire au loin, et je me disais aussi que je rentrais bredouille de ma chasse aux chiffres qui feraient plaisir aux blancs. Puis, un enfant vient me demander un cinq gourdes, il est sale de la tête aux pieds mais souriant comme seul un enfant haïtien sait l’être. Désolé, je n’ai plus rien… Puis il repart bredouille de sa chasse au dollar blanc. Je souris, parce qu’il me sourit aussi. Le chiffre, tous les chiffres, toutes les données ne remplaceront jamais la vérité. Et la vérité, c’est qu’il est grand temps d’offrir toute notre attention aux personnes handicapées. Qu’ils soient 1 ou un million, c’est l’importance octroyé à chacun individuellement qui fera la différence et non pas le pourquoi du comment et si peut-être que avec moins de plus que peut-être que l’on pourrait, moins le reste et avec un peu plus…

P.S… parlant de statistiques… Saviez-vous que l'âge moyen de la population haïtienne est de 18 ans, que l'on estime à une décennie la reconstruction d'Haïti et qu'ils auront alors 28 ans d'âge moyen quand celle-ci sera terminée... si jamais elle se termine?

2010-03-03 10:03:31

L’un des dons (parce qu’ils sont nombreux) des personnes touchées par la déficience intellectuelle est de nous entrainer indubitablement vers ce moment présent qui peut être si doux. Mais qui plus est, ce moment présent n’est pas seulement une joie de vivre, quelque chose qui nous permet d’apprécier la vie; c’est la meilleure façon de répondre à l’urgence.

 

Ti-Françoise - L'Arche Carrefour

Il faut la voir, heureuse comme poisson dans l’eau. À peine les premières notes musicales entamées, à peine les premières voix se laissent-elles aller, qu’un sourire vient se positionner entre son menton et son nez, rejoignant entre autre ses oreilles, parallèlement à ses yeux couleur bonbon. De la simplicité à l’état pur, offerte comme il se doit par la plus jolie des Françoise souriante que je connaisse. Le plus interpellant dans cette image de Ti-Françoise à la messe, reste cette façon douce et calme qu’elle a d’écouter ce qui ce passe autour d’elle, au moment précis où ça se passe, justement.

Combien de fois par jour vivons-nous plutôt dans notre tête que dans la réalité? Sommes-nous à la messe que nous pensons au boulot. Sommes au travail et rêvons de vacances. En vacances, nous craignons la fin du plaisir. Nous mangeons et pensons à la vaisselle, puis nous faisons la vaisselle et pensons au prochain repas.

L’un des dons (parce qu’ils sont nombreux) des personnes touchées par la déficience intellectuelle est de nous entrainer indubitablement vers ce moment présent qui peut être si doux. Mais qui plus est, ce moment présent n’est pas seulement une joie de vivre, quelque chose qui nous permet d’apprécier la vie; c’est la meilleure façon de répondre à l’urgence. (Compris messieurs les grands?) Quand on voit ce qui est devant nous, que l’on écoute les vrais besoins, on réagit de façon claire à une catastrophe.

Je le crois du plus profond de mes trippes, les gens déficient de l’intelligence développent en notre être une humanité nouvelle, qui pousse dans le cœur de Françoise comme tournesol au soleil et qui construit des sociétés plus justes; au Nord comme au Sud. . 

Notre vie comme poussière d’univers,
Vécu à l’envers de l’endroit,
Où notre droit de vie,
Devient roi,
Sans quoi nous penserions être tout justes,
Plus grand que les justes

On est quoi ici quand il n’y a plus d’ici?

-----------------

Oui,
Assurément,
Il existe de bonnes nouvelles déguisées en mauvaises,
Et
De mauvaises nouvelles déguisées en bonnes…

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Road Trip

Nancy m’a dit quelque chose à travers ses grands yeux aujourd’hui, alors que je la regardais admirer le paysage de son propre pays, dans la voiture qui la menait à Chantal.


Être généreux, amoureux, vrai, ce n’est pas de donner ce que l’on a, c’est de donner ce que l’on est. 


Ce fût un « road trip » magique : avec Marie-Pier, Nancy et moi. Les femmes visiteront la communauté de Chantal et ses nouveaux habitants. Pour le simple plaisir de partager un repas, une prière, un banc de travail; un clin d’œil à la vie communautaire que nous vivons si véritablement et pleinement depuis tant d’années à L’Arche. Puis il fallait nous voir, avec nos M&M et notre jus chimique Tampico rose à saveur de sucre des Antilles. Des enfants heureux comme un pape devant la Vérité ultime. Cheveux dans le vent, sourires aux lèvres, lunettes soleil sur les yeux, nous fredonnions le refrain de la chanson thème du grand créateur, quel bonheur!



Marie-Pier prit le volant, mes pieds avaient besoins d’air, bien déposés qu’ils étaient sur le bord de la fenêtre. Parfois, on a un besoin de vivre libre qui nous appelle, alors on prend la route et on part vers l’inconnu. Toute la communauté était prête à nous accueillir, bras grands ouverts, soupers déjà chaud…

 
Parce que L’Arche, c’est aussi les voyages, la fête, les sourires… la vie bien vécu quoi!

J'ai jamais rencontré un étranger parler de mon pays avec autant d'amour.  À travers tes textes, je peux déceler une réelle affection pour ces gens que tu aides. J'espère que tu vas enfin déposer tes vieilles chaussures de voyage et rester parmi nous pour toujours. On a besoin de toi ICI.

Gaby Saget, Journaliste à Radio Métropole et lauréate du Prix RFI - Reporters sans frontières – OIF -prix francophone de la liberté de la presse 2009  ainsi que du prix Alexis Joseph décerné par SOS-Journaliste en Haïti

Jonathan Boulet-Groulx , c'est un autodidacte de l'humanitaire, un reporter du bonheur, un nomade de la photo, un écrivain de l'humain, un artiste de la fragilité humaine. Son blogue Mwen pa fou, consacré à la déficience intellectuelle en Haïti, est devenu un lieu de référence pour suivre de l'intérieur la vie haïtienne, après le 12 janvier et, en particulier, la place des personnes touchées par la déficience intellectuelle dans la reconstruction d'Haïti .

Jean-Louis Munn, Directeur des communications, L'Arche Canada


Jonathan vit depuis mai 2009 dans la petite communauté de L'Arche de Chantal dans les Cayes.


 

SOLIDARITÉ  ACTION - LAISSEZ VOS COMMENTAIRES 

Je vous demande de laisser votre griffe sur ce blogue. Tout vos commentaires seront rassemblés et envoyés aux personnes pouvant influencer la situation des personnes déficientes intellectuelles dans la nouvelle Haïti.
 Ce sera un gran cri du coeur que nous ferons ensemble. Merci anpil! Jonathan


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Commentaires

Michel Boyer
2011-01-15 19:40:50
Rose-marie
2011-01-12 12:42:16
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Florence Délimon Théramène
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Gaby Saget
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Rose-marie
2010-07-11 08:19:02
Foyer La Source (Arche Joliette)
2010-06-07 20:09:11
2010-06-01 15:44:46
Gaby Saget
2010-05-26 16:25:14